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Dans le plus grand stade de Beyrouth, le "calvaire" des déplacés porteurs de handicap
Sous les gradins de la Cité sportive de Beyrouth, où résonnent les cris des enfants et non les chants des supporters, des tentes accueillent plus d'un millier de personnes fuyant les bombes israéliennes, dont une cinquantaine en situation de handicap, qui survivent dans des conditions précaires.
Le vaste complexe sportif Camille Chamoun, qui avait déjà ouvert ses portes lors de la précédente guerre à l'automne 2024, est un des rares sites en mesure d'accueillir des déplacés, malgré des installations peu adaptées à leurs besoins.
"S'il y a une frappe, les gens autour de moi pourraient fuir et me laisser derrière eux. Je ne peux pas partir seule, il me faut de l'aide", se désole Fatima Nazli, 62 ans, qui se déplace en fauteuil roulant.
L'Etat n'a mis en place aucune stratégie pour évacuer les personnes handicapées, regrette Sylvana Lakkis, présidente du Syndicat libanais pour les personnes en situation de handicap physique.
"Nous avions pourtant soumis un plan" au gouvernement, qui "n'écoute pas", déplore-t-elle. "A chaque crise, les personnes porteuses de handicap payent le prix fort."
Fatima et son mari ont dû quitter leur appartement de la banlieue sud de la capitale, pilonnée par Israël depuis le 2 mars. Ils vivent sous une tente, dans une partie du stade où Fatima est obligée de demander de l'aide aux bénévoles de la Croix-Rouge pour descendre les marches qui mènent aux sanitaires.
- "La peur au ventre" -
Le couple devrait bientôt s'installer dans une autre section du stade, où deux rampes d'accès et quatre blocs sanitaires accessibles aux personnes handicapées ont récemment été installés.
En attendant, elle retourne de temps à autre avec son mari dans leur appartement pour prendre une douche et récupérer des vêtements propres, la peur au ventre car le quartier "peut être bombardé à tout moment" par l'aviation israélienne.
La Cité sportive Camille Chamoun, à la lisière de la banlieue sud, a traversé les vicissitudes de l'histoire tourmentée du Liban.
Détruite par des bombardements lors de l'invasion israélienne en 1982, reconstruite après la fin de la guerre civile en 1990, elle tombe depuis en désuétude, faute de moyens pour l'entretenir.
La légende du football Pelé a foulé sa pelouse, des compétitions sportives internationales s'y sont déroulées. Mais le stade a également servi d'entrepôt pour des denrées alimentaires, et le Hezbollah y a organisé les funérailles en grande pompe de son chef charismatique, Hassan Nasrallah, tué par Israël en septembre 2024.
- "Calvaire" -
"A l'origine, ce n'est pas un lieu d'hébergement", rappelle Naji Hammoud, directeur du stade qui a ouvert ses portes "dès le lendemain" des premiers ordres d'évacuation de l'armée israélienne début mars.
Plus d'un million de personnes ont été déplacées dans le pays, selon les autorités libanaises. Les frappes israéliennes ont tué plus de 1.200 personnes, dont 124 enfants.
De nombreux déplacés dorment dans les rues de la capitale ou dans leur voiture, et M. Hammoud souhaite en accueillir "le plus grand nombre (...) dans un lieu convenable".
Autour des tentes, des ouvriers s'affairent pour rénover les sanitaires insalubres, installer des douches, les raccorder à l'eau et brancher l'électricité.
"Je ne peux pas me laver seul, j'ai besoin d'aide", explique Khodr Salem, commerçant originaire du sud du pays, qui se déplace difficilement à l'aide d'une béquille, à cause d'une infection à la jambe.
"Nous vivions comme des rois dans nos maisons. Notre vie est devenue un calvaire", raconte le vieil homme en pleurant, assis sur un matelas dans sa tente.
Selon Sylvana Lakkis, il n'y a pas suffisamment de centres d'hébergement adaptés: les quelques écoles à même d'accueillir les personnes handicapées sont rapidement complètes, détaille-t-elle.
De nombreux déplacés doivent donc être hébergés chez des proches, ou payer des loyers exorbitants pour des logements privés, explique Fadi Al-Halabi, directeur exécutif au Liban du Réseau œcuménique de défense des personnes handicapées (EDAN).
"La communauté internationale doit prendre en considération les besoins des personnes handicapées" et leur consacrer une partie du budget de l'aide internationale, plaide-t-il.
J.Sauter--VB