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Au procès en appel du RN et de ses cadres, parole à la défense
Les avocats de la défense ont commencé leurs plaidoiries, mercredi, dans le procès en appel du RN, Marine Le Pen et dix cadres du parti d'extrême droite, au lendemain de réquisitions qui ont réclamé la condamnation de chacun d'entre eux.
"C'est quelqu'un qui marche à la confiance. L'écrit n'a pas d'importance pour lui: c'est de la paperasse": en parlant de son client Fernand Le Rachinel, Me Robert Apéry entend décrire un chef d'entreprise qui a bâti un empire prospère dans l'imprimerie, l'hôtellerie, les transports, le bâtiment et agroalimentaire.
Désormais, il serait un paisible octogénaire qui a des "problèmes de concentration et de mémoire". Et qui, peut-être, ne s'est pas suffisamment embarrassé de l'intendance.
Trois semaines plus tôt, l'intéressé avait expliqué à la barre que "des gens travaillaient, mais pas dans les bonnes cases" et que "Jean-Marie Le Pen décidait de tout".
Tout de même, pour son avocat, les réquisitions de deux ans d'emprisonnement avec sursis et 15.000 euros d'amende n'en demeurent pas moins exagérées. Et, si au moins les juges ne le condamnaient qu'à un an de prison, "ça lui permettrait de conserver sa décoration" de l'Ordre national du mérite, "ce qui ne serait pas indécent à son âge".
Il lui est reproché, lorsqu'il était eurodéputé du Front national (devenu Rassemblement national) d'avoir participé à un "système" d'embauche d'assistants parlementaires, payés par le Parlement européen, mais dont l'activité n'était au bénéfice que du seul parti d'extrême droite.
La ligne de défense des autres prévenus devrait peu ou prou jouer sur ces mêmes deux tableaux, fond et forme.
En fin de matinée, l'avocat de Bruno Gollnisch (trois ans d'emprisonnement avec sursis et 50.000 euros d'amende requis), Me Louis Balling, a pour sa part insisté sur des faits qu'il estime pour grande partie "prescrits", et qui ne peuvent selon lui être jugés.
- Accusation implacable -
Les arguments ne sont pas véritablement nouveaux: ils avaient déjà été soulevés, sans succès, en première instance.
Mardi, dans leur réquisitoire, les deux avocats généraux ont d'ailleurs pris soin de les désamorcer par anticipation, jurisprudence à l'appui.
Il s'agit malgré tout de trouver la faille dans un dossier et une accusation implacable, dont les réquisitions ont méticuleusement décrit le "système" frauduleux. A sa tête, Jean-Marie Le Pen, puis sa fille et successeure à la présidence du parti, Marine Le Pen.
Pour cette dernière, les deux avocats généraux ont demandé quatre ans d'emprisonnement dont trois avec sursis et la possibilité d'aménager la partie ferme, 100.000 euros d'amende et, surtout, cinq ans d'inéligibilité.
Certes, les deux représentants de l'accusation - dont l'avis n'engage d'ailleurs pas la cour d'appel - n'ont pas demandé l'"exécution provisoire", c'est-a-dire immédiate.
Un pourvoi en cassation serait dès lors suspensif... mais vain pour candidater à la présidentielle de 2027, puisque la Cour de cassation a indiqué que, si elle était saisie, elle rendrait sa décision avant l'échéance électorale. En cas de rejet du recours, l'inéligibilité deviendrait donc définitive.
Mardi, auprès de proches, Marine Le Pen a exclu de demander aux hauts magistrats de repousser leur éventuelle décision après la présidentielle.
Elle a surtout répété que le nom du champion du Rassemblement national pour la course à l'Elysée de 2027 serait connu le jour de la décision de la Cour d'appel, attendue au début de l'été, faisant notamment valoir la nécessité de créer une association de financement de la campagne bien en amont de l'élection, et qui doit désigner nominativement un candidat.
Si Mme Le Pen est finalement condamnée à une inéligibilité inférieure à deux ans, ce sera elle. Dans le cas inverse, Jordan Bardella.
Les avocats de la leader d'extrême droite doivent plaider en dernier, le 11 février.
C.Koch--VB