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Au sud de Bordeaux, une "chaîne humaine" pour dire non à la LGV Sud-Ouest
Des centaines de personnes ont formé samedi une chaîne humaine à Bernos-Beaulac (Gironde) pour protester contre le projet de ligne à grande vitesse (LGV) entre Bordeaux, Toulouse et Dax, un dernier rendez-vous "pacifiste" avant le lancement de travaux de défrichement en octobre.
"Patrimoine en danger", "Lascaux des arbres et de l'eau", ou encore "Arche de Noé de la biodiversité", pouvait-on lire sur des pancartes, en référence à la vallée du Ciron, au sud de Bordeaux, qui doit être traversée par la LGV.
"L'actualité caniculaire et l'empressement à rabattre les nappes phréatiques (en faire baisser temporairement le niveau, notamment pour faire des travaux) comme la précipitation à couper des arbres ne font pas bon ménage avec ce refuge climatique", affirment les organisateurs.
Près de mille personnes -dont des familles avec enfants, des groupes de jeunes, des élus, des sylviculteurs-, selon les organisateurs, se sont tenues par la main, au rythme des tambours et de chants militants.
"Nous, on ne se bat pas contre le train, même pas contre le TGV, on se bat contre ces nouvelles lignes. On se bat pour le train du quotidien, et pour la rénovation des lignes déjà existantes", explique Richard Lavin, 75 ans, membre du collectif citoyen LGV NiNa (Ni ici, ni ailleurs) qui organisait ce rassemblement déclaré.
Appuyée sur son déambulateur, Jacqueline Bloy, 94 ans, se dit "très en colère". "C'est de l'argent foutu en l'air. On veut gagner un peu de temps, mais est-ce que c'est vraiment la priorité aujourd'hui avec tous les défis du réchauffement climatique? Il faut vraiment ne pas connaître la beauté du Ciron pour oser saccager ça", lance-t-elle.
Le projet prévoit de relier Toulouse à Paris via Bordeaux en trois heures et 10 minutes d'ici à 2032, puis Bordeaux à Dax en 20 minutes de moins qu'actuellement, en 2034, en direction de l'Espagne.
Dans son rapport remis en avril au gouvernement, le Conseil d'orientation des infrastructures (COI) affirme que le coût du projet, estimé en 2020 à 14 milliards d'euros, devrait être "réévalué de +20%" avec l'inflation. Il doit être financé à 40% par les collectivités locales, 40% par l'État et 20% l'Union européenne.
Début mai à Toulouse, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a qualifié le projet d'"irréversible", et fin juin, le gouvernement a tranché en faveur d'un financement entièrement public, écartant l'hypothèse évoquée ces derniers mois d'un partenariat public-privé (PPP).
Les opposants, dont beaucoup d'élus locaux, dénoncent un "financement irréaliste alors que les caisses de l'Etat sont vides".
"Franchement, tout cet argent, il y a tellement de besoins ailleurs. Les écoles, les hôpitaux... et je sais de quoi je parle", soupire Sandra, une infirmière de 49 ans.
L'autorisation environnementale délivrée en février par les préfets des départements concernés va permettre de lancer, dès octobre, des sondages géotechniques et des diagnostics.
Pour Olivier Jean, co-président de l'association Amis de la Terre, ce serait le "coup d'envoi du massacre qu'on est bien décidés à ne pas laisser passer".
D.Schaer--VB