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Birmanie: la leçon de "démocratie" du chef de la junte
Après avoir voté dimanche lors des élections législatives organisées par l'armée en Birmanie, cinq ans après son coup d'Etat, le chef de la junte Min Aung Hlaing a invité ses concitoyens à en faire de même, au nom de la "démocratie".
Le nom du général figurait en haut des listes électorales du bureau de vote de Zeyathiri, installé dans son complexe officiel de la capitale administrative du pays, Naypyidaw, aussi vaste que peu peuplée.
Un flot continu de hauts gradés et de responsables gouvernementaux lui a succédé dans la salle drapée d'or pour remplir leur devoir civique sur des machines électroniques.
La plupart portaient des vêtements civils, y compris le grand chef Min Aung Hlaing, vêtu d'une chemise à fines rayures et d'un longyi traditionnel noué autour de la taille.
"Les gens devraient voter", a déclaré le dirigeant de 69 ans aux journalistes présents. "S'ils ne votent pas, c'est qu'ils ne comprennent pas vraiment ce qu'est la démocratie".
Les analystes estiment qu'il pourrait devenir président après le scrutin, ou rester chef des forces armées et exercer le pouvoir dans l'ombre d'un gouvernement civil.
"Je ne peux pas simplement demander à devenir président", a-t-il répondu à une question sur ses ambitions personnelles.
Le Parti de l'union, de la solidarité et du développement, favorable aux militaires, devrait sortir largement vainqueur des élections.
Il avait été écrasé par la Ligue nationale pour la démocratie lors des dernières législatives en 2020, mais le parti de la prix Nobel emprisonnée Aung San Suu Kyi a depuis été dissous.
- "Libre et équitable" -
Le coup d'Etat de février 2021 a mis fin à une décennie d'ouverture démocratique et plongé le pays dans la guerre civile.
Les défenseurs des droits humains accusent l'armée d'avoir écrasé la dissidence et mené la guerre contre les rebelles contestant son autorité, sans égard pour les victimes civiles.
Min Aung Hlaing a renouvelé dimanche ses accusations -- rejetées par les observateurs internationaux -- selon lesquelles la victoire d'Aung San Suu Kyi en 2020 était entachée d'une fraude électorale de grande ampleur.
"On ne pouvait pas laisser passer ça", a-t-il avancé devant la presse. "C'est pour ça qu'on en est arrivé là. J'aimerais que vous attendiez de voir ce qui se passe aujourd'hui".
Le scrutin est "libre et équitable", a insisté le général. Les gens "peuvent voter pour qui ils veulent".
Selon le Réseau asiatique pour des élections libres, 90% des sièges avaient été remportés en 2020 par des partis qui ne figurent pas cette fois sur les bulletins de vote après avoir été dissous par l'armée.
Mais depuis le même bureau de vote que Min Aung Hlaing, le porte‑parole de la junte Zaw Min Tun a promis que le scrutin était organisé "pour le peuple birman" et la "reconstruction du système démocratique".
R.Kloeti--VB