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Isabelle Mergault, voix singulière et familière du cinéma français, est morte
Figure populaire du cinéma et du théâtre français à la voix singulière, Isabelle Mergault est décédée vendredi à 67 ans des suites d'un cancer, refermant plus de quatre décennies de comédie.
"Sa famille, ses amis, ont la douleur de vous annoncer que la réalisatrice, actrice et humoriste Isabelle Mergault est décédée ce (vendredi) matin, à Neuilly-sur-Seine, des suites d'un cancer contre lequel elle se battait courageusement depuis plusieurs mois", a annoncé sa famille dans un communiqué transmis à l'AFP par Laurent Ruquier.
L'animateur a accueilli Isabelle Mergault dans ses émissions télévisées successives. Elle officiait aussi dans "Les Grosses Têtes", l'émission culte qu'il présente sur RTL et qui lui rendra hommage lundi.
"C'est très brutal, c'est terrible", a réagi sur cette radio l'actrice Chantal Ladesou. "C'était une amie et une complice de théâtre avec qui j'adorais jouer. Elle avait le sens de l'écriture et des dialogues."
"Au-delà de ses talents et de sa gouaille craquante, c'était une personne merveilleusement attachante", a salué sur X Pierre Lescure, l'ancien président du Festival de Cannes.
Artiste touche-à-tout, elle a connu son plus grand succès derrière la caméra, en réalisant son premier film, "Je vous trouve très beau". Cette comédie romantique et champêtre narre les aventures d'un agriculteur veuf, incarné par Michel Blanc, qui recherche une femme capable avant tout d'accomplir toutes les tâches à la ferme et à la maison.
Le film cartonne au box-office avec environ 3,5 millions de spectateurs et remporte en 2007 le César du meilleur premier film.
Trois longs-métrages suivront, sans connaître le même écho: "Enfin veuve" (2007) avec Michèle Laroque, "Donnant donnant" (2010) avec Daniel Auteuil et "Des mains en or" (2023), avec Lambert Wilson et Josiane Balasko.
La réalisatrice a aussi signé des scénarios, comme celui écrit avec Gérard Jugnot pour "Meilleur espoir féminin" (2000).
Mais c'est comme actrice que cette fille de médecins, née en 1958 à Paris et ayant grandi en banlieue, fait ses premiers pas sur grand écran.
Elle doit pour cela composer avec une dyslalie, un trouble de la parole qui provoque chez elle un chuintement.
- Humour toujours -
"Mon défaut de prononciation m'a aidée et desservie à la fois. Petite, il était encore plus prononcé et, à l'école, tout le monde se moquait de moi", avait-elle confié dans la presse en 2017, reconnaissant que ce cheveu sur la langue avait aussi contribué à sa notoriété.
Au début de sa carrière, cette caractéristique la confine à des seconds rôles comiques. Elle se fait notamment remarquer en 1985 dans le rôle d'une enseignante lunatique dans "P.R.O.F.S" de Patrick Schulmann.
En 2023, à l'occasion d'une rediffusion du film à la télévision, elle avait publiquement évoqué, sans donner de détails, le souvenir d'un tournage traumatisant.
"Ce film est mon pire cauchemar. MeToo n'existait pas. Dommage. Je n'en dirai pas plus car le metteur en scène est mort", avait-elle écrit sur Twitter (désormais X).
La comédienne jouera dans une trentaine de films tout au long de sa carrière, ainsi que dans de nombreux téléfilms et séries. Mais c'est au théâtre qu'elle s'épanouit le plus comme elle le racontait à Nice-Matin: "A ma première pièce de théâtre, quand j'avais 20 ans, je savais que c'était là où je devais être".
Au cinéma, "je ne suis pas heureuse en tant qu'actrice. Je l'ai fait pour (Gérard) Jugnot parce que c'est un ami. Mais je n'y suis pas heureuse. La preuve en est: je ne joue pas dans mes propres films!", expliquait-elle.
Personnalité joyeuse, exubérante et jamais avare d'un coup de gueule, Isabelle Mergault a évolué entre théâtre de boulevard et pièces sentimentales ("L'amour sur un plateau", 2011).
Elle avait fait sensation dans "Ouh Ouh" (2014), pièce dans laquelle elle campait une star déchue de la chanson qui venait de perdre son mari mais dont elle retrouvait le fantôme.
En 2010, l'actrice avait adopté une petite fille née au Niger, dont elle était devenue la tutrice légale, même si celle-ci a gardé des contacts avec ses parents biologiques.
En 2017, Isabelle Mergault avait publié chez Grasset son premier roman, "Un escargot tout chaud", un huis-clos où elle avait choisi de convoquer, là encore, humour et dérision pour dépeindre à sa façon les relations humaines.
A.Kunz--VB