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Un ex-kiné réputé mis en examen pour viols lors d'examens gynécologiques
Un ancien kinésithérapeute, spécialiste réputé du périnée, a été mis en examen en juin à Paris pour viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité, après huit plaintes de patientes dénonçant des gestes médicaux violents et sans consentement.
Alain Bourcier, considéré comme l'un de ceux qui ont introduit la rééducation du périnée en France, a également été mis en examen pour exercice illégal de la médecine et de la profession de kinésithérapeute et placé sous contrôle judiciaire, ont indiqué à l'AFP deux sources proches du dossier, confirmant une information du journal Le Parisien. Il réfute les accusations.
L'homme, qui a exercé pendant 40 ans, a notamment travaillé au centre de radiologie parisien Imagerie Cardinet, déjà dans le viseur de la justice pour une possible série d'agressions sexuelles et viols. Retraité depuis 2012 et devenu "assistant médical", il y pratiquait des "bilans urodynamiques", qui nécessitent l'introduction de sonde et de demander à la patiente d'uriner, censés se dérouler sous la responsabilité d'un médecin radiologue.
Une information judiciaire a été ouverte le 12 septembre 2024 à Paris. A son origine, des plaintes entre 2023 et 2025 de trois patientes "dénonçant avoir subi (...) des gestes médicaux intrusifs assez violents et sans demande préalable de leur consentement", avait détaillé à l'époque le parquet. Au total, huit plaintes sont désormais déposées, pour des faits de 2017 à 2023.
- "Pas sérieux" -
Son ex-employeur Imagerie Cardinet pourrait se voir reprocher une complicité, avait ajouté le parquet, mais à ce stade, il n'a pas été mis en examen, ont précisé les sources proches du dossier.
Entendu par la juge, l'ancien kinésithérapeute a rejeté les accusations.
"M. Bourcier est un spécialiste reconnu du bilan urodynamique, étape essentielle de la rééducation du périnée. Pendant de nombreuses années, il a participé au sein de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (APHP) comme dans de nombreuses structures hospitalières privées, à la prise en charge d'hommes et de femmes au coté de médecins urologues et gynécologues", indique à l'AFP son avocat, Me Antoine Beauquier. "Mon client conteste toute connotation sexuelle aux actes qu'il pratique depuis 40 ans. Associer le bilan urodynamique à un viol n'est pas sérieux".
Les plaintes et signalements ont toutefois déjà convaincu la chambre disciplinaire de l'ordre des masseurs-kinésithérapeutes de le radier, après une brève réinscription. Dans une décision mi-avril, dont l'AFP a eu connaissance, elle s'appuie sur des témoignages d'examens brutaux, sans consentement, ni information du fait qu'il n'était pas médecin.
- "Hurlements" -
L'une des patientes a raconté son calvaire: "Vives douleurs" lors de l'introduction d'une sonde, "hurlements" dont le praticien n'aurait pas tenu compte "jusqu'à ce qu'elle lui crie d'arrêter". Selon elle, M. Bourcier "lui a fait mal volontairement, en s'acharnant violemment sur elle, et a pris plaisir à la torturer".
Une autre explique que M. Bourcier ne l'a pas démentie lorsqu'elle l'a appelée "docteur", lui a imposé un toucher pelvien "par surprise", et l'aurait regardée uriner et se rhabiller.
Une autre patiente lui reproche d'avoir "fait preuve d'inhumanité et d'ignominie, en regardant le corps de ses patientes comme un territoire acquis". L'ex-kiné aurait "introduit deux doigts dans son vagin, sans demande ni recueil du consentement, pour évaluer son prolapsus".
Alain Bourcier, qui s'est formé aux Etats-Unis et a écrit des ouvrages comme "Les dialogues du périnée", a répondu à son ex-Ordre que le bilan urodynamique pouvait "être vécu comme humiliant", désagréable voire douloureux, et assuré que "les impressions des patientes ne sont donc pas liées à un comportement inapproprié de sa part".
Il a assuré ne s'être jamais présenté comme médecin, et expliqué que les patientes avaient signé un document et étaient informées du déroulé de l'examen. Il a soutenu que "son seul objectif est de contribuer à l'amélioration de la vie des patientes", a rapporté la chambre.
Cette juridiction professionnelle souligne ne pas avoir "le sentiment que les comportements reprochés (...) étaient en lien avec des motifs de nature sexuelle", un point sur lequel la justice pénale devra désormais se pencher.
Interrogé par l'AFP, Imagerie Cardinet est aujourd'hui "en conflit juridique" avec Alain Bourcier aux prud'hommes et rejette "toute accusation de complicité ou de dissimulation".
S.Gantenbein--VB