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Timothée Durand, le patron nordiste qui ramène Arc dans le giron familial
Il avait quitté l'entreprise familiale Arc en 2024 en pensant avoir tourné la page, mais il en reprendra les commandes début avril face aux déboires de ce groupe verrier bicentenaire: Timothée Durand, 49 ans, est un patron nordiste viscéralement attaché à l'industrie régionale.
Du jardin de l'imposante demeure néogothique où vivait alors sa famille à Arques (Pas-de-Calais), située à un jet de pierre de l'usine, Timothée Durand entendait, lorsqu'il était enfant, le ronronnement des presses automatisées ramenées d'Amérique par son grand-père Jacques Durand à partir des années 1930.
Grâce à l'importation puis l'amélioration de ces technologies, la verrerie artisanale que son arrière-grand-père Georges Durand avait rachetée en 1916 est devenue un des principaux fabricants au monde de produits en verre pour les arts de la table.
Timothée Durand raconte à l'AFP avoir toujours "baigné" dans l'univers d'Arc, visitant les fours "dès 4 ou 5 ans", admirant les prototypes trônant dans la pièce attenant au bureau paternel: animaux en verre, verres de cristal...
Après une enfance à Arques rythmée par les trois changements d'équipe quotidiens dans l'usine, provoquant dans la petite ville un chassé-croisé de milliers d'ouvriers, Timothée Durand fait des études d'ingénieur et de commerce, puis débute sa carrière chez Sanofi Pasteur.
A 28 ans, après dix ans au conseil d'administration d'Arc, il rejoint l'entreprise comme responsable des fusions et acquisitions en 2004.
Lorsque son père Philippe décède prématurément trois ans plus tard, laissant à Timothée Durand, 30 ans, et à sa soeur 50% de l'entreprise - le reste appartenant à des cousins - il reste salarié.
- "Destinée familiale" -
Concurrence chinoise, perte de marchés au Moyen-Orient, difficultés de productivité: pour sauver l'entreprise, la famille cède ses parts au fonds américain PHP dirigé par Dick Cashin, jusqu'à sortir complètement du capital en 2016.
En 2024, quand Arc se retrouve de nouveau en difficulté financière, Timothée Durand, toujours salarié de l'entreprise, prépare une offre avec l'appui d'un autre descendant d'une dynastie d'entrepreneurs nordistes, Matthieu Leclercq, fils du fondateur de Decathlon et membre de la famille Mulliez.
Depuis qu'il a quitté Decathlon, ce dernier pilote une société d'investissement spécialisée dans l'accompagnement de la transmission familiale d'entreprises, et connaît M. Durand de longue date, via un petit groupe de jeunes entrepreneurs familiaux.
"Il me suit parce qu'Arc est une entreprise de famille", explique M. Durand. "Il croit à cette destinée familiale, qui fait l'ADN d'une entreprise".
Matthieu Leclercq indique simplement à l'AFP qu'il "investit à titre personnel dans ce projet qu'il juge aligné avec ses convictions".
Le projet présenté en 2024 par MM. Durand et Leclercq n'est cependant pas retenu: Bercy et Dick Cashin lui préfèrent celui de Pascal Cagni, président de Business France, et Patrick Molis, PDG de la Compagnie nationale de navigation, qui deviennent actionnaires minoritaires d'Arc.
Après cet échec, M. Durand quitte Arc et se lance dans une activité de conseil dans la transmission familiale d'entreprises.
- Reprise douloureuse -
"Je ne pensais pas revenir", assure-t-il, expliquant que ce sont les dirigeants d'Arc qui l'ont recontacté lorsque l'entreprise s'est retrouvée une énième fois en difficulté, notamment après la flambée des prix de l'énergie.
Ainsi informé en amont, il prépare une offre de reprise avec l'équipe en place, ce qui lui permet de présenter un projet très avancé le jour-même de l'annonce du redressement judiciaire d'Arc le 7 janvier.
Sa situation lui donne l'avantage de "très bien connaître" l'entreprise, mais aussi l'inconvénient d'avoir "moins de recul, en raison de l'attachement", reconnaît-il, soulignant l'importance de "bien s'entourer".
Avec la décision du tribunal de commerce de Tourcoing vendredi, Arc, rebaptisé Verrerie Arc 1825, redevient un groupe familial: Timothée Durand en est désormais actionnaire à 100%, M. Leclercq apportant les 50 millions d'euros nécessaires à sa transformation, sous forme d'obligations.
Mais pour les salariés de l'usine, le retour de Timothée Durand s'annonce douloureux, le plan de reprise impliquant 700 suppressions de postes sur les quelque 3.500 salariés que compte l'entreprise.
La famille Durand est "lourdement responsable" de la "déconfiture" du groupe depuis les années 2000, faute d'avoir osé prendre à temps les décisions difficiles qui s'imposaient, tacle l'entrepreneur Patrick Puy, qui a vainement tenté en début d'année de monter une offre de rachat concurrente.
F.Mueller--VB