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Taux d'intérêt américains: la Fed lâche du lest contre l'avis de plusieurs responsables
La banque centrale des Etats-Unis (Fed) a conclu mercredi sa dernière réunion de l'année par une baisse des taux d'intérêt sans faire l'unanimité en son sein ni donner d'orientation claire pour la suite.
Pour la troisième fois en trois réunions consécutives, la Réserve fédérale a diminué d'un quart de point de pourcentage ses taux directeurs, qui guident les coûts d'emprunt.
Ils sont désormais dans une fourchette comprise entre 3,50% et 3,75%.
Trois des douze votants ont manifesté leur opposition: deux ne voulaient pas de baisse du tout et un voulait une réduction plus forte, d'un demi-point.
Le président de la Fed de Kansas City, Jeffrey Schmid, s'était déjà prononcé contre la précédente baisse, fin octobre. Il a été rejoint par le président de la Fed de Chicago, Austan Goolsbee.
Les deux hommes ont dit publiquement qu'ils s'inquiétaient pour l'heure davantage du niveau de l'inflation que de la santé du marché du travail américain.
Quant au responsable en faveur d'une baisse d'un demi-point, il s'agit sans surprise du gouverneur Stephen Miran, récemment nommé par le président Donald Trump.
- Débats "serrés" -
En conférence de presse, le patron de la Fed Jerome Powell a affirmé que la décision de mercredi ne relevait pas de l'évidence.
Les Etats-Unis connaissent à la fois une inflation en accélération (à 2,8%) et un chômage en augmentation (à 4,4%), scénarios qui impliquent en théorie des actions opposées de la part de la banque centrale.
"La discussion était serrée mais nous devons prendre une décision. On espère toujours que les données vont nous permettre d'y voir plus clair", a déclaré M. Powell.
La banque centrale a été privée de certains indicateurs économiques majeurs en raison de la récente paralysie budgétaire ("shutdown") qui a mis au chômage technique les services statistiques des Etats-Unis pendant 43 jours.
"La période est frustrante pour la classe moyenne et confuse pour la Fed", considère Heather Long, économiste de la banque Navy Federal Credit Union.
Interrogé sur la question du coût de la vie, revenue en tête du débat public, Jerome Powell a estimé que les salaires devront augmenter pendant "plusieurs années" plus vite que l'inflation "pour que les gens commencent à se sentir bien en termes de pouvoir d'achat".
Donald Trump, de son côté, a encore assuré mardi que les prix baissaient "énormément".
- Nouvelles têtes -
Jerome Powell a donné peu d'indication pour la suite, sans fermer la porte à une baisse supplémentaire fin janvier.
Cela a gonflé le moral de la Bourse de New York, qui a terminé en hausse.
"Cela ne me surprend pas qu'il y ait de l'optimisme sur les marchés à court terme, dans la mesure où la Fed continue de baisser les taux alors que l'économie est en croissance", relève Chris Zaccarelli, chargé d'investissements chez Northlight Asset Management.
Il prévient toutefois que les investisseurs risquent la déconvenue, car d'autres détentes pourraient mettre du temps à arriver, "voire ne pas arriver".
Les responsables de la Fed imaginent globalement qu'une autre baisse des taux sera nécessaire en 2026, selon leurs projections actualisées.
Mais une partie d'entre eux ne sera alors plus en mesure de voter.
En effet, parmi les douze personnes fixant les taux américains, quatre changent tous les ans selon un système de rotation impliquant les banques centrales régionales.
Les nouveaux entrants sont réputés encore plus soucieux du niveau de l'inflation que leurs prédécesseurs.
A l'inverse, Donald Trump veut que la personne qui prendra la place de Jerome Powell au printemps s'attache à faire baisser les taux.
Il a présenté son conseiller économique Kevin Hassett comme favori mais laisse encore planer un certain suspense sur son choix final.
Le chef de l'Etat entend par ailleurs toujours destituer une gouverneure de l'institution, Lisa Cook. La Cour suprême se penchera sur l'affaire en janvier.
C.Stoecklin--VB