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Contestation en Tanzanie: plus de 100 personnes inculpées pour "trahison", des civils tués en "représailles" selon des ONG
Plus de 100 personnes ont été inculpées vendredi de "trahison" pour avoir voulu "entraver les élections" en Tanzanie, nouvel épisode de répression des autorités tanzaniennes, accusées d'avoir tué des civils chez eux en "représailles" des manifestations anti-pouvoir matées dans le sang la semaine dernière.
Le pays d'Afrique de l'Est peine à se remettre du mouvement de contestation spontané réprimé avec une grande violence. Plusieurs défenseurs des droits humains ont décrit une population "terrorisée" après un bain de sang "sans précédent" ces dernières décennies, et un pouvoir plus que jamais désireux d'imposer ses volontés par la force.
Quelque 138 manifestants présumés ont ainsi été inculpés vendredi de "trahison" par un tribunal de Dar es Salaam, selon une source judiciaire.
Tous sont arrivés au tribunal dans des bus pénitentiaires verts, dont des accusés sont descendus en boitant. "Certains ont été battus (...) et n'ont reçu aucun traitement", s'est indigné l'un de leurs avocats, Paul Kisabo.
D'après des actes d'accusation consultés par l'AFP, la plupart des inculpés sont accusés d'avoir, le 29 octobre, jour du scrutin, voulu "entraver les élections générales (présidentielle et législatives) de 2025 dans le but d’intimider le pouvoir exécutif".
La contestation, qui avait démarré dans la capitale économique Dar es Salaam, s'était étendue à d'autres villes du pays, d'où des rumeurs de massacres avaient rapidement commencé à poindre.
Le principal parti d'opposition, Chadema, a avancé le chiffre d'au moins 800 morts. Des sources diplomatique et sécuritaire ont corroboré l'idée que des centaines, voire des milliers de personnes, ont été tuées en marge des élections.
- "Massacre orchestré par l’État" -
Bien que les autorités tanzaniennes, qui ont refusé jusqu'ici de communiquer tout bilan humain, aient bloqué internet cinq jours durant, puis tenté d'empêcher la publication des photos et vidéos des victimes, celles-ci ont commencé à apparaître sur les réseaux sociaux en début de semaine.
"Les vidéos et images partagées sur les réseaux sociaux depuis le rétablissement d'internet montrent des représailles meurtrières généralisées contre des jeunes, souvent pris au dépourvu", pointent sept ONG tanzaniennes dans un communiqué commun.
"La Tanzanie est un proie à un massacre orchestré par l’État", a de son côté affirmé une coalition de quarante ONG africaines réunies à Nairobi. "Les forces de sécurité ont pris d'assaut des maisons, traînant les citoyens dehors et les abattant sur le pas de leur porte, afin de protéger le simulacre d'+élections+."
La présidente Samia Suluhu Hassan a officiellement remporté la présidentielle, dont ses deux principaux rivaux avaient été exclus, avec près de 98% des suffrages. Des observateurs étrangers ont toutefois remis en question la crédibilité du scrutin, qualifié de "parodie de démocratie" par Chadema.
Deux célèbres militantes tanzaniennes des droits humains ont publié mercredi des vidéos d'une douzaine de cadavres de jeunes hommes, la plupart abattus alors qu'ils étaient allongés face contre terre, selon elles dans la ville de Mwanza (nord), un haut lieu de la contestation.
"Ces garçons étaient dans un café à regarder la télé quand les voyous de Samia Suluhu sont arrivés", a dénoncé sur X Mange Kimambi, qui a publié des dizaines de contenus insoutenables sur ses réseaux sociaux.
L'AFP n'a pas pu vérifier l'origine de ces vidéos, dans lesquelles la langue employée est le swahili tanzanien.
- "Des corps partout" -
Plus de 200 Tanzaniens ont péri durant les manifestations à Mwanza, dont "certains alors qu'ils regardaient du foot", estime Amos Ntobi, un cadre du parti d'opposition Chadema sur place.
"Nous avons vu des gens se faire tirer dessus en plein jour. Il y avait des corps partout dans les rues. Certaines personnes ont été tuées instantanément, d’autres laissées gravement blessées", raconte-t-il à l'AFP.
Lui-même affirme avoir assisté personnellement à neuf enterrements ces derniers jours, la plupart de personnes ayant été "blessées par balle, tandis que d’autres ont été battues à mort".
Sept des défunts étaient des adultes, âgés entre 25 et 40 ans, dit-il. Mais deux d'entre eux étaient des enfants: "L’un a été abattu en revenant d'un magasin et l’autre a été frappé près de chez lui", déplore-t-il. "Ils avaient seulement 9 et 11 ans."
Quatre cadres de l'opposition ont par ailleurs été arrêtés et d'autres ont disparu depuis la contestation, remarque M. Ntobi.
Le régime de la présidente Hassan était déjà critiqué pour son caractère répressif avant les élections, sur fond de multiplication des arrestations et des enlèvements de voix critiques. L'ONG Amnesty international avait alors dénoncé une "vague de terreur".
D.Schlegel--VB