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Mercosur: colère des représentants agricoles après les déclarations de Macron
Un "affront", "la mort" de l'agriculture en France: les représentants du monde agricole ont fustigé vendredi les propos du président Emmanuel Macron, qui s'est dit "plutôt positif" quant à la possibilité d'accepter l'accord commercial entre l'UE et quatre pays latino-américains du Mercosur.
Le président français, qui s'exprimait devant la presse en marge du sommet des chefs d'Etats précédant la COP30 à Belem au Brésil, a aussi affirmé rester "vigilant".
Des déclarations suivies quelques heures plus tard par celles de la ministre française de l'Agriculture (issue de LR) Annie Genevard, pour qui les garanties obtenues par la France pour protéger ses cultivateurs et éleveurs ne sont pas encore suffisantes.
"Les lignes rouges de la France sont connues depuis le départ (...) Et aujourd'hui, même s'il y a des avancées, le compte n'y est pas", a-t-elle dit dans un message posté sur X.
Pour le puissant syndicat agricole FNSEA, la position du chef de l'Etat est "un reniement total".
Après avoir affirmé au monde agricole "sa ferme opposition" à cet accord, le président Macron se dit désormais plutôt enclin à l'accepter, depuis le Brésil, "au cœur du territoire de nos concurrents agricoles", a réagi Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, dans un message sur X.
"En choisissant ce moment et ce lieu pour tendre la main au Mercosur, le Président de la République signe sa rupture avec l'agriculture française", prévient-il, dénonçant un "affront".
"Nous ne laisserons pas brader notre modèle, nos emplois ni notre souveraineté. Nous serons combatifs, avec le soutien des Français, pour refuser un accord qui sacrifierait notre agriculture sur l’autel d’une mondialisation sans règles", ajoute-t-il.
Véronique Le Floch, présidente de la Coordination rurale, dénonce également: "le Mercosur, c'est la mort de l'agriculture".
Cet accord, sur la table depuis des décennies mais signé fin 2024, doit permettre à l'UE d'exporter davantage de voitures, machines, vins... en Argentine, au Brésil, en Uruguay et au Paraguay. Mais il facilitera aussi l'entrée de bœuf, volaille, sucre, miel... via des droits de douane réduits.
- "Plan social" -
Emmanuel Macron a cité jeudi l'obtention par la France de clauses de sauvegarde renforcées censées préserver les produits agricoles européens en cas de brusque hausse des importations ou baisse des prix liées à l'importation de produits latino-américains.
Mais pour tous les syndicats sectoriels français, ces clauses ne protègent en rien les produits agricoles d'une distorsion de concurrence liée à des normes environnementales et sanitaires bien moins exigeantes en Amérique du Sud qu'en Europe.
Cet accord, décrié aussi par une majorité de la classe politique française, intervient alors que de nombreuses filières agricoles sont en souffrance, par exemple l'élevage bovin, qui redoute de s'en trouver un peu plus déstabilisé: aujourd'hui, les importations d'aloyaux venues du Mercosur arrivent déjà à des coûts inférieurs de 18% à 32%, selon l'Institut de l'élevage.
"Faire respecter en dehors de l’Europe ce que l’on exige de nos producteurs en Europe est une condition incontournable", a martelé vendredi le patron de la FNSEA, qui appelle "les eurodéputés français à faire bloc pour s’opposer à cet accord", dont la Commission européenne a lancé le processus de ratification.
Emmanuel Macron "décide de sacrifier l'agriculture, il valide un plan social qui ne sera pas qu'agricole, mais ira bien au-delà. Et demain, je ne sais pas qui entretiendra nos territoires", a dit Véronique Le Floch vendredi à l'AFP. "Ces clauses de sauvegarde, on n'en veut pas. Il faut sortir de l'agriculture de ces accords de libre-échange. C'est tout".
Parmi les "lignes rouges" citées par la ministre française de l'Agriculture, figurent l'obtention de clauses de sauvegarde "opérationnelles", mais aussi des "mesures miroirs" garantissant que les produits respectent les mêmes normes, avec des "contrôles renforcés" sur les produits importés.
A l'issue d'une rencontre entre le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, la présidence brésilienne a indiqué mercredi qu'ils étaient "disposés à signer" l'accord lors du sommet du Mercosur, le 20 décembre à Rio de Janeiro.
G.Schmid--VB