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En Chine, un blockbuster touche la corde sensible des sentiments envers le Japon
Des enfants enthousiastes déambulant dans le crépitement des mitrailleuses à travers les rues dévastées de Nankin... Le décor de la récente superproduction chinoise sur le massacre perpétré par l'envahisseur japonais en 1937-38 attire les foules.
La légèreté de ces instants sur le plateau de tournage du "Studio photo de Nankin" (son titre en mandarin, "Dead to Rights" en anglais) est trompeuse.
Le film, sorti en juillet quelques semaines avant les grandes commémorations des 80 ans de la victoire contre le Japon, relate un épisode tragique de l'histoire nationale. Et la plaie est toujours sensible.
L'action se déroule dans ce qui était la capitale chinoise pendant les six semaines de tueries, de viols et de pillages perpétrés par les soldats japonais à partir de décembre 1937. Des dizaines, sinon des centaines de milliers de personnes, ont été tuées.
Le film, qui tourne autour d'un groupe d'habitants cachés dans un studio photo et contraints de développer des clichés des crimes japonais, ne recule pas devant les scènes crues. Avec son casting de stars, il n'en est pas moins en tête du box-office depuis sa sortie.
Le décor, situé dans un parc cinématographique de la banlieue de Shanghai, est désormais ouvert au public et attire les touristes, les curieux et les scolaires. Ils se prennent en photo et diffusent en direct leur visite sous l'immense fresque criblée de balles de Tchang Kaï-chek, alors à la tête du pays.
- "Pas effacer l'histoire" -
Un visiteur raconte avoir fait presque 2.000 kilomètres depuis le nord avec son fils de cinq ans qui avait vu le film. Un jeune garçon, drapeau chinois à la main, se fait photographier par ses parents dans une pose victorieuse sur un tas de gravats.
Certains ont le coeur lourd.
"C'est une profonde douleur intérieure, un sentiment de haine profonde", dit une femme prénommée He pour décrire ses sentiments envers le Japon.
"On ne peut pas effacer l'histoire, quoi qu'il arrive".
Le journal South China Morning Post, basé à Hong Kong, parle d'un film "extraordinairement puissant". Il note aussi que certaines scènes violentes ont été réalisées "comme pour attiser le sentiment anti-japonais".
Le film fait partie des nombreuses sorties estivales consacrées à la guerre avec le Japon qui a coûté la vie à des millions de Chinois, perpétuant son souvenir.
"Aucun Chinois n'oubliera jamais", proclame l'affiche du film.
"Je ne crois pas que (des films comme celui-ci) représentent la haine. Il s'agit de rétablir l'histoire", dit Jiang Xiang, un visiteur de 37 ans.
Le bilan du massacre, chiffré à 300.000 morts par les Chinois, reste un sujet de débat. Certains ultra-conservateurs japonais en ont nié la véracité, malgré des preuves accablantes.
- Penser à la paix -
Le livre d'or disposé dans le studio photo du plateau est rempli de commentaires patriotiques ou infamants pour l'ennemi d'hier. "Le Japon est le pays le plus stupide du monde", tranche une écriture enfantine.
La quasi-totalité des parents rencontrés par l'AFP disent que leurs enfants ont vu le film. La Chine n'ayant pas de système de classification des films, il n'est pas rare que des enfants regardent des contenus qui seraient considérés comme excessivement violents ailleurs.
"Regarde, c'est là que la tête pendait" dans le film, s'exclame un enfant à l'attention d'un ami en passant devant un poteau en bois.
Les films de guerre "enseignent à nos enfants comment nos ancêtres se sont battus pour nous", dit la touriste He, qui préfère taire son nom. Le but, c'est d'aider "les enfants à comprendre l'histoire, pas de les inciter à la haine", surenchérit-elle.
Une collégienne, Li Xinyi, trouve les Japonais "antipathiques". Mais, "même s'ils nous ont fait beaucoup de mal, nous devons les respecter parce que, maintenant, c'est à la paix qu'il faut penser".
B.Baumann--VB