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Droits de douane: le revirement de Trump dope les Bourses en Asie
Donald Trump a dopé les Bourses en Asie jeudi après sa spectaculaire marche arrière sur les droits de douane imposés au reste du monde, bien qu'il ait encore durci la surtaxe contre le rival chinois.
Imposé dorénavant par Washington à un taux prohibitif de 125%, Pékin a riposté par des droits de douane de 84% sur tous les produits américains importés.
Après avoir déclenché une guerre commerciale mondiale et ébranlé les marchés, le président des Etats-Unis a annoncé mercredi soir, de manière totalement inattendue, un gel de 90 jours des taxes à l'importation qu'il venait d'imposer à une soixantaine de pays et partenaires, notamment l'Union européenne.
"Il faut être flexible", a-t-il justifié à la Maison Blanche en reconnaissant devant la presse que sa retentissante décision d'un matraquage douanier "effrayait un peu" des investisseurs "fébriles".
L'ancien magnat de l'immobilier a reconnu avoir suivi le marché obligataire où la dette de la première puissance mondiale, valeur refuge par excellence, a été très chahutée ces derniers jours.
"Quelle journée, et il y en aura d'autres!!!", s'est exclamé sur son réseau Truth Social dans la nuit de mercredi à jeudi le président américain qui en quelques jours a bouleversé l'ordre économique international.
Son conseiller au Commerce, l'économiste Peter Navarro, surnommé "M. Droits de douane", a vanté sur la télévision ABC "le plus grand jour des négociations commerciales dans l'histoire américaine", plaçant la première puissance mondiale en "position magnifique" pour chercher des compromis avec ses partenaires.
- "Négocier" -
Donald Trump a ainsi affirmé que "plus de 75 pays" s'étaient manifestés pour "négocier" avec les Etats-Unis.
Et comme ces partenaires commerciaux n'ont selon lui pas "riposté" aux droits de douane, il leur a accordé "une pause de 90 jours et des droits réciproques substantiellement réduits durant cette période, de 10%, également effectifs immédiatement".
"Cela venait du coeur", l'idée étant de ne "pas faire de mal" à ceux qui sont prêts à discuter, a justifié l'impétueux milliardaire dans le Bureau ovale.
Au contraire contre la Chine, Donald Trump a encore augmenté les surtaxes en invoquant un prétendu "manque de respect": le taux prohibitif a grimpé de 104% à 125%.
Pékin a riposté du tac-au-tac: depuis 04H00 GMT ses droits de douane sur les produits américains -- d'une valeur de 143,5 milliards de dollars en 2024 -- sont de 84%, contre 34% d'abord prévu.
Les surtaxes américaines ont frappé toutes les économies asiatiques très dépendantes de leurs exportations, dont le Japon (surtaxé à 24%), la Corée du Sud (25%), la Thaïlande (36%) ou le Vietnam (46%).
Tokyo, allié militaire et partenaire commercial de premier plan de Washington, a donc dit "accueillir positivement" le revirement de Donald Trump, mais "exigé avec force" la suppression du taux plancher de 10%, qui s'applique toujours, "ainsi que les surtaxes douanières sur l'acier, l'aluminium, les voitures et pièces automobiles".
Et le Vietnam et les Etats-Unis sont convenus d'entamer des négociations sur un accord commercial, selon Hanoi.
En réaction, les Bourses asiatiques se sont envolées.
Vers 05H00 GMT à Tokyo, l'indice vedette Nikkei a bondi de 8,59% et l'indice Kospi de Séoul a gagné 5,73%. Même en Chine, la Bourse de Shanghai était en hausse de près de 1%.
Avant de faire volte-face, l'imprévisible ex-magnat de 78 ans, avait écrit sur Truth Social "C'EST LE MOMENT D'ACHETER", en allusion à l'effondrement des marchés mondiaux depuis vendredi.
Alors que les sondages montrent une défiance croissante d'Américains envers celui qui a été réélu en novembre, son conseiller Stephen Miller a vanté une "stratégie magistrale" et de "l'audace" pour "isoler" Pékin.
Donald Trump, qui a plusieurs fois affirmé que la Chine voudrait au final parvenir à un accord, réunira son gouvernement jeudi à 15H00 GMT, selon la Maison Blanche.
- Récession et escalade -
Le 47e président des Etats-Unis a semé une panique mondiale en annonçant la semaine dernière des surtaxes douanières contre 60 partenaires commerciaux, avec un traitement particulièrement brutal contre la Chine.
Quant à l'UE visée depuis mi-mars par 25% de taxe sur l'acier et l'aluminium, elle a pris des mesures calibrées contre plus 20 milliards d'euros de marchandises "made in USA". Bruxelles est toutefois prête à suspendre ses droits de douane "à tout moment" en cas d'accord "juste et équilibré" avec Washington.
Pour le futur chancelier allemand Friedrich Merz, la marche arrière américaine est une "réaction à la détermination des Européens".
Nombre d'économistes alertent sur les risques de flambée de l'inflation et de récession mondiale.
La guerre commerciale pourrait réduire de "jusqu'à 80%" les échanges de marchandises entre la Chine et les Etats-Unis et effacer "près de 7%" du PIB mondial sur le long terme, a mis en garde la directrice générale de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Ngozi Okonjo-Iweala.
Sans même parler d'un risque d'escalade diplomatique et militaire, les deux premières puissances mondiales ayant toujours eu des relations tendues.
burs-nr/vmt
M.Betschart--VB