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Au Pakistan, secouristes et habitants s'activent dans la boue d'une mousson inhabituellement meurtrière
Secours et habitants à la recherche de leurs proches s'activaient ensemble samedi à récupérer les corps encore ensevelis dans le nord du Pakistan, où une mousson exceptionnellement intense a tué près de 350 personnes.
Depuis jeudi, les pluies diluviennes qui ravagent le nord du pays ont particulièrement affecté le Khyber-Pakhtunkhwa. Cette province montagneuse frontalière de l'Afghanistan a enregistré à elle seule 324 décès en deux jours, près de la moitié des morts de cette saison de mousson, selon l'Autorité de gestion des catastrophes.
Vendredi, "entre 9 et 10 heures, un violent orage a éclaté provoquant une crue soudaine", témoigne auprès de l'AFP Abdul Khan, un habitant du district de Buner qui compte 91 morts.
"Les enfants jouaient dehors et les femmes étaient à l'intérieur des maisons, ils ont tous été emportés et encore maintenant, de nombreuses personnes gisent sous les débris, on les recherche en aval", ajoute-t-il.
Dans son village recouvert de boue et de rochers, une dizaine de secouristes, équipés de trois pelleteuses, et des habitants déblaient inlassablement, pour la plupart à la main. Ils espèrent retrouver des survivants, ou à défaut récupérer les corps ensevelis sous les décombres.
"Nous continuons à chercher nos proches, et chaque fois que l'on découvre un corps, on ressent à la fois une profonde tristesse mais aussi un soulagement car on sait que la famille pourra récupérer la dépouille", raconte un autre habitant, Muhammad Khan.
La plupart des victimes ont été emportées par des crues subites, sont mortes dans l'effondrement de leur maison, ont été électrocutées ou frappées par la foudre.
L'Autorité de gestion des catastrophes du Khyber-Pakhtunkhwa a déclaré "sinistrés" de nombreux districts, où plus de 2.000 secouristes ont été déployés en renfort.
"Mais les fortes pluies, les glissements de terrain et les routes bloquées empêchent les ambulances d'accéder et les secouristes doivent se déplacer à pied", a déclaré à l'AFP Bilal Ahmed Faizi, porte-parole des secours de la province.
Les secours "veulent évacuer les survivants, mais très peu acceptent de partir car ils ont perdu des proches, encore prisonniers des décombres", poursuit-il.
"Ce matin, quand je me suis réveillé, la terre que notre famille cultivait depuis des générations avait disparu", témoigne auprès de l'AFP Mohammed Khan, fermier du district de Buner, qui raconte avoir aidé à extraire "19 corps des décombres".
"Des prières funéraires sont organisées pour les corps retrouvés", mais "nous ignorons encore qui est mort ou vivant", dit Saifullah Khan, un enseignant de 32 ans.
"J'ai recouvert les corps de certains de mes élèves et je me demande ce qu'ils ont fait pour mériter ça", se désole-t-il.
- Plus rien -
"La crue a emporté des magasins en ne laissant rien derrière elle, tout ce que nous possédions a été détruits ou est inaccessible, même les maigres économies des habitants ont été emportées par les eaux", raconte Nour Mohammed.
"Les maisons ont été détruites, le bétail décimé et les cultures ruinées, il faut que le gouvernement aide les gens", interpelle de son côté Aziz Buneri.
"Nous n'avons plus de vêtements à porter, et toute la nourriture a aussi été emportée", abonde Abdul Hayat, qui a aussi perdu la dot de sa fille de 1.500 euros.
Dans la même province, dans le district de Swat, les routes et plusieurs véhicules étaient recouverts d'une coulée de boue et les poteaux électriques gisaient au sol.
Onze autres personnes ont trouvé la mort dans le Cachemire pakistanais, tandis que dans le Cachemire administré par l'Inde, au moins 60 victimes ont été recensées - et 80 personnes sont toujours portées disparues.
Enfin, neuf personnes sont mortes dans la région touristique du Gilgit-Baltistan, à l'extrême nord du Pakistan, particulièrement prisée l'été des alpinistes venus du monde entier et que les autorités recommandent désormais d'éviter.
Vendredi, un hélicoptère des secours s'est écrasé, faisant cinq morts supplémentaires.
- "Phase active de la mousson" -
Au total, depuis le début, fin juin, d'une mousson estivale qualifiée d'"inhabituellement" intense par les autorités, 657 personnes, dont une centaine d'enfants, ont été tuées, et 888 blessées.
Et les pluies devraient encore s'intensifier ces deux prochaines semaines, préviennent les autorités.
Pour Syed Muhammad Tayyab Shah, de l'Autorité nationale de gestion des catastrophes, "plus de la moitié des victimes sont mortes à cause de la mauvaise qualité des bâtiments".
La "phase active de la mousson" se poursuit généralement jusqu'à la mi-septembre, rappelle-t-il.
Le Pakistan, cinquième pays le plus peuplé au monde, est l'un des plus vulnérables aux effets du changement climatique. Les 255 millions de Pakistanais ont déjà subi ces dernières années des inondations massives et meurtrières, des explosions de lacs glaciaires et des sécheresses inédites, autant de phénomènes qui vont se multiplier, préviennent les scientifiques.
R.Kloeti--VB