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Accusé vraisemblablement à tort de l'enlèvement d'espions français, le retour triomphal d'un Somalien expulsé des Etats-Unis
Le 24 octobre, la Maison-Blanche prend à partie le Somalien Mahad Maxamud, "une ordure de criminel illégal" qui aurait selon elle participé à l'enlèvement de deux espions français à Mogadiscio. Des accusations très vraisemblablement fausses, pour un homme finalement expulsé, et accueilli en héros en Somalie.
Le post sur X, accompagné d'une photo d'un individu portant un bouc et une chemise à carreaux, surprend dans son pays d'origine, où il est connu comme un influenceur à succès, dont les digressions en ligne sont suivies par 450.000 fans sur Tik Tok.
Car si la Somalie se bat depuis 2006 contre les islamistes shebab liés à Al-Qaïda, la guerre faisant encore rage aujourd'hui à 60 km de la capitale Mogadiscio, Mahad Maxamud s'investit surtout dans des joutes verbales entre clans somaliens rivaux et paraît très éloigné des insurgés.
L'AFP a enquêté sur cet homme renvoyé en Somalie en novembre, que des sources sécuritaires somaliennes et françaises font percevoir bien davantage comme une nouvelle victime de la politique migratoire de l'administration Trump que comme un protagoniste d'une affaire ayant secoué la France, à laquelle il nie avoir participé.
Le 14 juillet 2009, la fête nationale française prend ainsi un goût amer pour la communauté du renseignement hexagonale. Deux agents de la DGSE sont enlevés par un groupe d'hommes armés à leur hôtel de Mogadiscio, le Sahafi international. L'un d'eux, Marc Aubrière, réussira à s'évader un mois plus tard.
Mais l'autre, Denis Allex, mourra après trois ans et demi de captivité, en janvier 2013, exécuté par ses geôliers selon Paris alors que des forces françaises tentaient de le libérer.
- "Pas vrai" -
D'après le post de la Maison-Blanche, Mahad Maximud, "une ordure de criminel illégal", était "impliqué dans l'enlèvement de responsables français à l'hôtel Sahafi et le meurtre de l'un d'eux par Al Shebab".
"Ce n'est pas vrai", répond le principal intéressé, interrogé samedi par l'AFP, qui affirme qu'il vivait de 2008 à 2021 en Afrique du Sud et n'était donc pas matériellement en Somalie au moment des faits. "Je n'étais pas impliqué", poursuit-il, dénonçant des accusations servant "l'agenda" politique des autorités américaines.
Si Mahad Maximud ne possède pas de documents administratifs attestant de ses dires, deux de ses proches ont confirmé sa version des faits à l'AFP.
Son casier judiciaire est vierge, selon un document établi par la police somalienne le 28 juin 2025, vu par l'AFP.
Deux sources sécuritaires somaliennes interrogées par l'AFP jugent également peu vraisemblables les accusations américaines. "Nous n'avons aucun élément le reliant directement aux enlèvements", estime l'une d'entre elles, quand l'autre mentionne, diplomatiquement, "une chance que les Etats-Unis aient eu une mauvaise information".
En France, où la DGSE a recherché des années durant les commanditaires du kidnapping de ses deux agents, une source sécuritaire est plus tranchée encore : "Mahad Maxamud n'a pas été impliqué dans l'enlèvement", affirme-t-elle à l'AFP.
Dans le post l'incriminant, la Maison-Blanche loue pourtant le "travail héroïque" de ICE, la police fédérale américaine de l'immigration, qui l'a "retiré" des rues de Minneapolis, grande ville du Minnesota (nord des Etats-Unis), où vit une importante communauté somalienne.
Plusieurs organisations internationales dénoncent de nombreuses violations des droits humains commises, notamment par ICE, dans le cadre de la politique d'expulsion massive menée par l'administration Trump.
- "Victime d'une injustice" -
Le 27 mai, alors qu'il sortait de chez lui et qu'il s'approchait de sa voiture, Mahad Maxamud raconte ainsi avoir été encerclé par des hommes "aux visages masqués et portant des gilets pare-balle" qui "ont pointé un pistolet sur (sa) tête et (l')ont arrêté".
S'il dit ne pas avoir été maltraité pendant son interpellation ni durant les plus de cinq mois de détention qui ont suivi, le Somalien, qui affirme être arrivé aux Etats-Unis en 2022, où il a travaillé notamment pour Uber et Amazon, dénonce une "injustice" qui a brisé son rêve.
"Trump est responsable de ce qui m'est arrivé, estime-t-il. Mais il n'y a pas que moi. Cela a affecté des millions de gens du monde entier vivant aux Etats-Unis, Somaliens ou non."
Sa communauté semble toutefois particulièrement ciblée.
Donald Trump s'est fendu de plusieurs tirades à l'encontre des Somaliens, dont les "gangs" terroriseraient selon lui le Minnesota. "Je ne veux pas d'eux dans notre pays", a-t-il lancé début décembre. "Nous irons dans le mauvais sens si nous continuons à accepter des déchets."
Mahad Maxamud, qui préfère louer la "dignité" et la "moralité" de son peuple, a finalement été expulsé début novembre à Mogadiscio, via le Kenya, avec sept autres Somaliens.
Depuis son retour au pays, le Tiktokeur multiplie les vidéos léchées le montrant au centre de l'attention : posant tel un chef d'Etat à sa descente d'un avion, debout dans un 4X4 fendant une foule dans sa région d'origine, embrassé, adulé...
Sa popularité est au plus haut, et 100.000 abonnés supplémentaires le suivent désormais sur TikTok, où l'une de ses vidéos compte 2,5 millions de vues.
Mahad Maxamud, qui n'était pas revenu en Somalie depuis son départ en Afrique du Sud en 2008, se dit "très heureux" de cet accueil triomphal. Mais, remarque-t-il, "beaucoup de cela est dû au fait que les gens me voient comme la victime d'une injustice."
L.Meier--VB