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Le Royaume-Uni prend de premières sanctions contre des passeurs de migrants
Le Royaume-Uni a annoncé mercredi des sanctions à l'encontre de 25 individus et organisations soupçonnés d'être impliqués dans le trafic de migrants, une démarche inédite pour tenter d'endiguer les traversées de la Manche.
Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est sous pression, alors que les arrivées de migrants et demandeurs d'asile à bord de petites embarcations ont dépassé le nombre de 23.500 depuis le début de l'année, un niveau record sur cette période.
Des traversées dangereuses, qui ont fait 17 morts depuis le début de l'année, selon le ministère français de l'Intérieur.
Les mesures prises par Londres -gel d'avoirs et/ou interdiction de séjour au Royaume-Uni- entrent dans le cadre d'un nouveau régime de sanctions spécifiquement mis en place à l'encontre des réseaux d'immigration clandestine.
Ce premier train de sanctions vise notamment des chefs de réseaux basés dans les Balkans et en Afrique du Nord, une entreprise chinoise de bateaux gonflables, ainsi que des personnes au Moyen-Orient impliquées dans un système informel de transfert de fonds connu sous le nom de "hawala", indique le ministère des Affaires étrangères.
"De l'Europe à l'Asie, nous menons la lutte contre les passeurs qui facilitent la migration irrégulière, en les ciblant partout où ils se trouvent dans le monde", a déclaré le ministre de l'Intérieur, David Lammy, dans un communiqué.
- "Détruire les gangs" -
Le Premier ministre Keir Starmer, qui a promis de "détruire les gangs" de passeurs, est confronté à la montée dans les sondages du parti anti-immigration Reform UK.
La question est hautement sensible au Royaume-Uni, où des heurts ont eu lieu récemment devant un hôtel hébergeant des demandeurs d'asile à Epping, au nord-est de Londres. Les tensions ont démarré après l'inculpation d'un demandeur d'asile de 38 ans accusé d'agressions sexuelles.
Le souvenir des émeutes anti-immigration qui avaient secoué le pays l'été dernier après le meurtre de trois fillettes dans la ville de Southport (nord-ouest de l'Angleterre) est dans toutes les têtes. Les fillettes avaient été poignardées par un jeune Britannique d'origine rwandaise, présenté à tort sur les réseaux sociaux comme un demandeur d'asile arrivé par bateau.
Parmi les personnes visées par les sanctions figure un Albanais, Bledar Lala, décrit par le gouvernement britannique comme le dirigeant "d'un réseau organisant le passage clandestin de migrants de Belgique vers le Royaume-Uni via la Manche".
Mais aussi Alen Basil, "un ancien traducteur de la police qui a pris la tête d'un grand réseau de trafic de migrants en Serbie", ou encore Mohammed Tetwani, présenté comme "le dirigeant d'un camp de migrants à Horgos, en Serbie" aux méthodes "violentes".
Le gouvernement cible aussi un "banquier hawala", Muhammed Khadir Pirot, qui "reçoit l'argent de migrants pour payer leur passage clandestin du Kurdistan irakien vers l'Europe via la Turquie".
Une entreprise chinoise, Weihai Yamar Outdoors Product Co, est sanctionnée "pour la fabrication de bateaux pneumatiques dont elle promeut l'usage à des fins de trafic d'êtres humains".
- "Reste à prouver" -
Des organisations et individus basés dans les Balkans soupçonnés de fournir de faux passeports aux migrants sont aussi sur la liste.
Pour Tom Keatinge, directeur des études sur les crimes financiers et la sécurité au Royal United Services Institute (RUSI) de Londres, ces sanctions représentent "un nouveau front dans les efforts du Royaume-Uni" pour s'attaquer au commerce de l'immigration clandestine.
Il en a toutefois relativisé l'impact: "je mettrais en garde contre les promesses excessives", a-t-il dit à l'AFP. "Parler de geler les avoirs et d'utiliser des sanctions pour +détruire les gangs+ semble exagéré et reste à prouver", a-t-il ajouté.
Londres et Paris ont par ailleurs récemment annoncé un accord migratoire de principe, prévoyant le renvoi en France d'un migrant arrivé au Royaume-Uni par "small boat", en échange de l'accueil sur le sol britannique d'un migrant se trouvant en France et justifiant de liens avec le Royaume-Uni.
Le gouvernement britannique s'est aussi engagé à durcir la lutte contre le travail clandestin qui, selon Paris, alimente l'immigration illégale.
Il a annoncé mardi qu'il fournirait aux plateformes de livraison de repas la localisation des hôtels hébergeant des demandeurs d'asile. Les autorités veulent empêcher que les personnes n'ayant pas le droit de travailler parviennent à devenir livreur en sous-louant le compte d'un utilisateur enregistré sur l'une de ces plateformes.
Le ministère britannique de l'Intérieur a également annoncé qu'il comptait tester un système d'intelligence artificielle capable d'estimer l'âge des demandeurs d'asile à partir de leur visage, avec l'objectif de l'utiliser en 2026.
H.Kuenzler--VB