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Immigration: le président du Salvador propose un échange de prisonniers au Venezuela
Le président du Salvador, Nayib Bukele, a proposé dimanche à Caracas d'échanger 252 Vénézuéliens incarcérés dans son pays après leur expulsion des Etats-Unis contre des "prisonniers politiques" vénézuéliens, sur fond de bras de fer sur l'immigration entre Donald Trump et les juges.
"Je souhaite proposer un accord humanitaire qui prévoit le rapatriement de 100% des 252 Vénézuéliens qui ont été expulsés, en échange de la libération et de la remise d'un nombre identique (252) de prisonniers politiques parmi les milliers que vous détenez", a écrit M. Bukele sur X.
"Contrairement à vous (...) nous n'avons pas de prisonniers politiques", a affirmé M. Bukele à l'adresse du président vénézuelien Nicolas Maduro.
Nayib Bukele, qui a été reçu à la Maison Blanche la semaine dernière, est un allié clé du président américain Donald Trump dans sa politique anti-immigration.
En un peu plus d'un mois, il a accueilli et enfermé dans une méga-prison de haute sécurité 288 migrants expulsés des Etats-Unis, dont 252 Vénézuéliens pour la plupart accusés d'appartenir au gang Tren de Aragua, déclaré organisation "terroriste" par Washington.
- Revers de la Cour suprême -
Pour expulser ces migrants, M. Trump a notamment invoqué la "loi sur les ennemis étrangers" de 1798 (Alien Enemies Act), qui n'avait jusqu'alors été utilisée qu'en temps de guerre.
Donald Trump a fustigé dimanche les magistrats s'opposant à cette politique, au lendemain d'un revers important infligé par la Cour suprême.
Le président républicain a étrillé les "tarés de la gauche radicale" se battant pour "ramener dans notre pays des meurtriers, des barons de la drogue, des prisonniers dangereux, des aliénés mentaux et des membres bien connus du gang MS-13", dans un long message de Pâques sur sa plateforme Truth Social.
Il a aussi ciblé les "juges faibles et inefficaces" permettant "à cette sinistre attaque contre notre nation de se poursuivre".
La veille, la plus haute instance judiciaire du pays avait annoncé la suspension jusqu'à nouvel ordre des expulsions d'immigrés vénézuéliens vers le Salvador.
Deux des juges les plus conservateurs de la cour ont exprimé leur désaccord avec la décision, Samuel Alito, la qualifiant de "précipitée" et de "juridiquement discutable".
- "Crise constitutionnelle" -
Depuis son retour au pouvoir en janvier, Donald Trump a érigé la lutte contre l'immigration clandestine en priorité absolue, évoquant une "invasion" du pays par des "criminels venus de l'étranger", et mettant en scène des expulsions.
Mais les avocats de plusieurs expulsés ont protesté, assurant que leurs clients n'appartiennent à aucun gang criminel, n'ont commis aucun crime et ont été ciblés principalement en raison de leurs tatouages.
Une situation qui suscite la vive inquiétude de l'opposition et des ONG de défense des libertés, d'autant plus que Donald Trump est allé jusqu'à affirmer qu'il "adorerait" y envoyer similairement des criminels américains.
"Nous nous rapprochons de plus en plus d'une crise constitutionnelle", a alerté dimanche Amy Klobuchar, sénatrice démocrate du Minnesota sur CNN.
- "Problème fondamental" -
Plusieurs magistrats ont tenté ces dernières semaines de freiner le gouvernement dans sa politique d'expulsions massives, s'attirant les foudres de l'exécutif.
Dans un cas distinct devenu emblématique, l'administration Trump a été sommée par la justice de "faciliter" le retour de Kilmar Abrego Garcia, un immigré salvadorien expulsé à tort et désormais emprisonné au Salvador.
Bien qu'il ait reconnu une "erreur administrative", le gouvernement se montre inflexible et assure que ce père de famille marié à une Américaine et qu'il accuse sans apporter de preuve d'être un gangster, "ne reviendra pas" dans le pays.
"Soyons très clairs, le problème fondamental à l'heure actuelle c'est que l'administration Trump ignore les décisions de justice", a fustigé dimanche sur Fox News le sénateur démocrate Chris Van Hollen, qui dénonce vivement l'envoi de ces hommes dans les prisons du Salvador sans passage par la case tribunal et s'est rendu il y a quelques jours dans le pays d'Amérique centrale pour rencontrer M. Abrego Garcia.
"Si on refuse à une personne ses droits constitutionnels, on menace les droits constitutionnels de tous", a-t-il prévenu.
L.Maurer--VB