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A Damas, les fonctionnaires font la queue pour toucher leur maigre revenu
Assis sur le trottoir devant une banque de Damas, Abou Farès, 77 ans, est à bout de forces après avoir attendu des heures pour toucher une part de sa maigre retraite, à cause du manque de liquidités en Syrie.
"Je suis ici depuis environ quatre heures, et je n’ai pas encore pu toucher ma retraite", affirme ce retraité, qui ne veut pas donner son nom de famille.
"Les distributeurs ne sont pas suffisamment approvisionnés et les files d'attente sont longues", ajoute-t-il.
Les nouvelles autorités syriennes, issues d'une coalition de groupes islamistes qui a renversé le 8 décembre le président Bachar al-Assad, ont hérité d'un pays ruiné par une guerre de près de 14 ans.
Les sanctions économiques imposées précédemment au pays et dont elles réclament la levée impactent lourdement le pays, où selon l'ONU, 90% des Syriens vivent sous le seuil de pauvreté.
La crise de liquidités a forcé les autorités à drastiquement plafonner les retraits.
La Russie, alliée de Bachar al-Assad, avait le monopole de l’impression des billets. Depuis décembre, les nouvelles autorités ont annoncé avoir reçu une seule fois, en février, de nouveaux billets imprimés à Moscou.
Dans le pays qui compte quelque 1,25 million d'employés de l'Etat, ces fonctionnaires doivent faire la queue devant l'une des deux banques publiques ou devant des distributeurs pour retirer une somme plafonnée à 200.000 livres syriennes, soit environ 20 dollars par jour.
Certains fonctionnaires sont ainsi contraints de prendre un congé pour passer la journée à tenter de retirer une part de leurs revenus. Les épargnants qui veulent retirer leurs économies sont dans le même cas.
"Il y a des malades, des personnes âgées (...) on ne peut pas continuer comme ça", lâche Abou Farès.
- "Manque clair de liquidités" -
Les banques ont la possibilité de relever le plafond des 200.000 livres syriennes en cas de disponibilité de liquidités, selon une employée d’une banque privée ayant souhaité rester anonyme.
Mais "il y a un manque clair de liquidités, c’est également pour cette raison que nous désactivons les distributeurs automatiques à la fin des horaires de travail officiels", ajoute-t-elle à l'AFP.
Devant le guichet de la Banque commerciale publique syrienne, une file chaotique de près de 300 personnes s’allonge. Comme Abou Farès, certains attendent assis à même le sol.
Mountaha Abbas, une fonctionnaire de 37 ans, doit s’y reprendre à trois fois pour pouvoir retirer l’intégralité de son salaire de 500.000 livres syriennes, soit environ 50 dollars.
"Des files, que des files (…) notre vie est faite de files d’attente", soupire cette femme, le visage encadré par un voile blanc.
Après cinq heures d’attente, elle peut finalement retirer 200.000 livres, en espérant avoir davantage de chance le lendemain.
"Il y a beaucoup de distributeurs à Damas, mais très peu fonctionnent", remarque-t-elle.
Avant le début du conflit en 2011, un dollar valait environ 50 livres. La monnaie locale a depuis perdu plus de 90 % de sa valeur.
L’économiste Georges Khouzam explique que les cambistes, un métier qui était clandestin sous Assad, ont "délibérément réduit la liquidité en livres syriennes pour provoquer des fluctuations rapides sur le marché et en tirer profit, et non pour soutenir la monnaie nationale".
Vendre des devises était passible de sept ans de prison et de lourdes amendes du temps du pouvoir d'Assad, qui gardait la main sur les monnaies étrangères pour se maintenir à flot.
D.Schaer--VB