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En Pennsylvanie, la classe moyenne souffre de l'inflation durable
La gigantesque aciérie à l'entrée d'Allentown rappelle le passé industriel de cette ville de Pennsylvanie, chantée par Billy Joel au début des années 1980, où la classe moyenne tente de préserver son mode de vie malgré l'impact durable de la forte inflation post-pandémie.
"Je surveille ce que j'achète, mais j'achète ce que j'aime. Les prix ont augmenté", souligne Tamy Ferry, comptable, aux portes d'un supermarché Wholefoods.
"Je laisse parfois certains produits, ou j'attends qu'ils soient soldés ou je fais mes courses dans plusieurs magasins" pour faire de meilleures affaires, ajoute-t-elle.
Matthew Kayes, qui sort du supermarché avec sa jeune famille, a aussi diversifié ses sources d'approvisionnement et va notamment à la ferme où "c'est moins cher en général et les produits sont meilleurs".
Le pouvoir d'achat est l'un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle, et une épine dans le pied des démocrates tant les républicains martèlent que le niveau de vie des Américains a baissé sous Joe Biden.
Bill Leiner, infirmier de 70 ans et bénévole pour la campagne démocrate dans cet Etat crucial pour conquérir la Maison Blanche, est régulièrement confronté au problème dans cette région aux collines verdoyantes et aux petites maisons impeccablement entretenues.
"L'inflation s'est ralentie considérablement mais il y a des gens (...) qui n'y croient pas à cause de la désinformation déversée par l'aile droite", déplore-t-il, disant faire de la pédagogie au sein même de sa famille.
A une proche se plaignant du prix élevé des œufs, il explique que c'est la conséquence de la grippe aviaire dans le pays et pas de la politique gouvernementale. Il lui suggère, comme il le fait lui-même, d'acheter une marque de magasin ou de changer d'enseigne.
"J'ai changé mes habitudes. Je surveille les prix. Je veille à ce que je fais, à mon budget", reconnait-il.
- Doublement -
La famille de Karol Milot a modifié ses habitudes: "Nous ne sortons plus aussi souvent, (...) nous mangeons à la maison", confie cette biologiste. "Quand nous faisons nos courses, nous sommes choqués par les prix".
"Comment font les gens qui n'ont pas d'argent de côté", s'interroge-t-elle.
Certains se résolvent à aller dans des banques alimentaires, malgré des revenus les situant dans la classe moyenne à Allentown (entre 37.300 et 112.000 dollars annuels).
"Depuis deux ans, nous avons vu un quasi doublement des personnes venant quotidiennement à notre banque alimentaire", explique J. Marc Rittle, directeur exécutif de New Bethany, ONG d'aide aux personnes en difficultés économiques et sociales.
Selon lui, parmi ces nouveaux venus figurent de plus en plus de personnes appartenant à la classe moyenne.
"Les loyers ont explosé, donc les gens doivent choisir entre garder leur toit ou acheter à manger (...) Ils ont besoin d'un complément" de nourriture, justifie M. Rittle. "Nous ne refusons personne", même s'ils dépassent le seuil de revenus du programme fédéral Feeding America.
Selon lui, ces difficultés ont commencé lorsque les aides financières mises en place pendant la pandémie ont disparu et que, concomitamment, la guerre en Ukraine a fait bondir les cours du pétrole et, par ricochet, les prix des produits de la vie courante, les loyers, etc.
Certes l'inflation est passée d'un pic en juin 2022 à 9,5% en rythme annuel, à 2,6% en moyenne ces derniers mois.
"Un ralentissement de l'inflation, ça reste un taux qui augmente le coût de la vie", relève M. Rittle. "Il faudrait revenir à la situation d'avant" la pandémie.
- Philanthropie -
Sans parler de la brusque hausse des taux d'intérêts, au plus élevé depuis le début du siècle.
Comme New Bethany, Al Jacobsen compte sur la philanthropie pour boucler son budget.
Directeur exécutif de la salle de concert symphonique Miller d'Allentown, il est pris en tenaille entre la hausse des coûts de fonctionnement et de personnel et l'impossibilité de la répercuter sur le prix des billets.
L'inflation affecte également le cachet des artistes, dont certains sont hors de portée pour cette salle d'un millier de places.
"Nous ne sommes pas un bien essentiel (...) donc nos hausses ont été modestes et progressives" pour ne pas perdre cette partie de la clientèle de classe moyenne qui doit faire des arbitrages budgétaires, explique-t-il, relevant avoir créé une nouvelle catégorie tarifaire et fait des offres attractives lors des récentes ventes d'abonnements.
La part des recettes générées par les billets, boissons et encas dans le budget opérationnel annuel de 3,9 millions de dollars n'est plus que de 30%.
R.Braegger--VB