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Le dérapage du déficit, une équation politique et économique à plusieurs milliards
Le chiffre officiel ne tombera que mardi, mais gouvernement et opposition ont déjà acté le dérapage du déficit public de la France bien au-delà des 4,9% du PIB initialement attendus en 2023, affichant chacun leur mobilisation.
Le point sur ce que l'on sait déjà, les conséquences d'une envolée du déficit et les propositions pour y remédier, à l'approche des élections européennes et du verdict des agences de notation sur la France.
Ce qu'on sait
Jeudi, le ministre délégué aux Comptes publics Thomas Cazenave a confirmé que le déficit serait "supérieur à 5%" du produit intérieur brut en 2023, sur fond de "ralentissement" économique de la Chine, de guerre en Ukraine et de difficultés de "partenaires" comme l'Allemagne.
Les Echos parlent de 5,6%, Le Figaro de 5,5% avec une marge d'erreur de 0,3 point, des estimations que le gouvernement se refuse à valider.
Pour tenter d'y voir plus clair, la commission des Finances du Sénat a annoncé que son rapporteur général Jean-François Husson (Les Républicains) se rendait jeudi au ministère des Finances pour "obtenir communication de l’ensemble des notes et documents produits par les services de Bercy et expliquant cette dégradation" du déficit.
Les mauvaises nouvelles comptables se sont multipliées ces dernières semaines, accréditant l'hypothèse d'un dérapage du déficit.
A la fin décembre 2023, les dépenses de l'Etat étaient supérieures de près de 3 milliards d'euros à celles de 2022, et ses recettes inférieures de plus de sept milliards, selon des chiffres publiés début février par Bercy.
Mercredi, l'exécutif a indiqué que le déficit de la Sécurité sociale en 2023 était supérieur de plus de deux milliards aux dernières prévisions gouvernementales.
Quelles conséquences?
Les partis d'opposition pilonnent déjà la gestion des finances publiques par Emmanuel Macron et son gouvernement: "résultats pitoyables" pour la cheffe des députés RN Marine Le Pen, "situation dramatique" pour le président des Républicains Eric Ciotti...
Au-delà des conséquences politiques, la probable envolée du déficit risque d'entacher la crédibilité internationale du gouvernement, qui s'est engagé à ramener le déficit à 4,4% en 2024 et sous l'objectif européen des 3% du PIB d'ici à 2027.
La trajectoire de réduction du déficit est "fragile" et les "marges de sécurité" du gouvernement sont "extrêmement ténues", a déjà alerté mi-mars la Cour des comptes.
"La situation des finances publiques de la France restera en 2024, comme en 2023, parmi les plus dégradées de la zone euro", a-t-elle encore averti.
Selon la commission des Finances du Sénat, le gouvernement pourrait s'être trompé "à hauteur d’environ 20 milliards d’euros sur sa trajectoire budgétaire".
Ces signaux d'alerte sur les finances publiques surviennent à un mois du prochain verdict des agences de notation: le 26 avril, Fitch et Moody's donneront une nouvelle appréciation de la capacité de la France à rembourser sa dette.
La décision de l'agence S&P, la plus redoutée, est annoncée pour le 31 mai.
Une dégradation de la note française pourrait renchérir le coût de ses emprunts et grever encore un peu plus les finances publiques.
Selon le gouvernement, la France devrait dépenser plus de 74 milliards d'euros en 2027 pour rembourser les intérêts de sa dette, contre 38,6 milliards en 2023.
Comment redresser les comptes?
Le gouvernement a déjà annoncé 10 milliards de coupes dans les dépenses de l'Etat en 2024 et prévoit 20 milliards d'économies supplémentaires en 2025, en faisant cette fois contribuer à l'effort les administrations de sécurité sociale et les collectivités.
Emmanuel Macron affiche aussi sa mobilisation.
"On doit faire face à un choc économique conjoncturel lié notamment à la géopolitique. On assume et on dit la vérité aux Français", a-t-il déclaré mercredi à l'Elysée à plusieurs ministres et à des figures de la majorité, selon l'un des invités.
Dans l'opposition, le sénateur Bruno Retailleau (Les Républicains) a suggéré jeudi sur Sud Radio de supprimer des postes de fonctionnaires et de "couper" dans les dépenses sociales.
Du côté du RN, Jordan Bardella estime que "le véritable moyen de rembourser la dette, c’est de créer de la croissance".
Le gouvernement martèle quant à lui qu'il veut éviter les hausses d'impôts, malgré les demandes de plus en plus insistantes de certains députés de la majorité comme Jean-Paul Mattei (MoDem).
A.Zbinden--VB