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A Paris, les adieux d'une superstar du ballet
La presse britannique l'a décrite comme "la femme la plus puissante dans le monde du ballet: Tamara Rojo, qui fait à Paris ses adieux à la scène, s'apprête à faire le grand saut à San Francisco, pour défendre sa vision du ballet du XXIe siècle.
Ancienne gloire du Royal Ballet de Londres, directrice depuis dix ans de son petit frère, le English National Ballet (ENB), qu'elle a profondément transformé, l'Espagnole a été nommée en janvier directrice du San Francisco Ballet.
"Il était temps ! Je suis prête depuis un certain temps", dit-elle à l'AFP, au sujet de sa "retraite" comme danseuse à l'âge de 48 ans.
Au Théâtre des Champs-Elysées, dans le cadre du programme "TransenDanses", elle tire sa révérence à partir de mercredi avec un ballet cher à son coeur, "Giselle" --non pas l'oeuvre romantique créée à Paris au XIXe siècle mais une version contemporaine qu'elle a commandée à Akram Khan en 2016.
"+Giselle+ a été le premier ballet que j'ai dansé, ça a été une constante dans ma carrière", se souvient-elle. "Mais je dirai que la +Giselle+ d'Akram Khan est l'incarnation de ce qu'a été ma mission à l'ENB: s'inspirer des traditions tout en ouvrant l'art du ballet à de nouvelles voix".
- "Le courage du changement" -
Dans ce "remake" à succès, Giselle n'est plus la jeune ingénue que trompe Albrecht, un noble déguisé en paysan, mais une travailleuse migrante dans un camp jouxtant une usine. Exit les tutus et la danse éthérée, place à un mélange de kathak (un type de danse indienne), de danse contemporaine, avec des corps qui se contractent, qui ondulent (les danseuses restent sur pointes).
Habituée à la prise de risque, Tamara Rojo défend l'idée de recréer les classiques, mais aussi d'une cohabitation avec le camp "traditionaliste".
"Nous devons avoir le courage de faire des changements dans notre répertoire. Puis il y a des gens qui le recréent au plus près de ce qu'ils pensent être l'original; il devrait y avoir de la place pour les deux", dit-elle.
Tamara Rojo, qui a recréé elle-même cette année un grand ballet académique, "Raymonda", avait fait appel à de nombreuses chorégraphes femmes et est devenue une des nombreuses directrices à prendre la tête de compagnies ces dix dernières années.
Le changement, elle l'a instillé aussi dans son style de direction, après un article explosif en 2018 du quotidien The Times, qui a cité des danseurs anonymes se plaignant d'un "climat de travail hostile et abusif" et rapporté des tensions liées à la relation amoureuse de Tamara Rojo avec un danseur principal de la troupe, le Mexicain Isaac Hernandez (qui rejoindra également le San Francisco Ballet).
Si elle a toujours maintenu que son désormais mari était une star avant de la rencontrer, Tamara Rojo dit avoir instauré davantage de communication au sein de la compagnie, ainsi que des formations en gestion de personnel.
Engagée, elle a lancé des ateliers pour enfants, personnes atteintes d'Alzheimer et personnes âgées ou encore une plateforme numérique de danse durant la pandémie du Covid.
Elle a obtenu des millions de livres sterling pour doter la compagnie de nouveaux locaux à Londres, où les danseurs disposent d'un centre de remise en forme, et renforcé l'équipe médicale.
Elle est toujours la travailleuse acharnée qu'elle était à neuf ans, lorsqu'elle a commencé son entraînement à l'école Victor Ullate à Madrid, l'une des plus réputées d'Espagne.
"J'ai eu beaucoup de chance aussi. Nous, danseurs de ballet à Madrid, avions l'avenir très flou. Aujourd'hui encore, les danseurs en Espagne n'ont pas d'avenir clair", regrette la danseuse, qui a souvent accusé le gouvernement espagnol de ne pas assurer un bon financement des arts.
Consciente du changement générationnel, avec des danseurs plus présents sur les réseaux sociaux, elle trouve "super" qu'ils soient plus connectés mais met en garde sur le fait que "les informations qu'ils reçoivent des réseaux sociaux restent superficielles et non représentatives de la réalité du travail".
K.Brown--BTB