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Au Pakistan, les gravures remplacent les photos dans les cimetières chiites
Pour garder un souvenir éternel de leurs proches disparus, de plus en plus de musulmans chiites du Pakistan font graver le portrait des défunts sur le marbre noir des pierres tombales, malgré les réticences des religieux.
Dans un cimetière de Quetta, grande ville du sud-ouest au pied des montagnes enneigées de la province du Baloutchistan, Mohammad Arif, employé dans un fast-food, se recueille sur la tombe de son père, accompagné par le chant des oiseaux et le léger bruissement du vent dans les arbres.
Sur la pierre tombale est gravé le visage du défunt tué avec quatre autres membres de sa famille en 2014 dans une attaque contre la communauté chiite dans ce pays majoritairement sunnite.
"Je ressens la paix dans mon âme et dans mon cœur quand je visite la tombe de mon père. Grâce au portrait gravé, j'ai l'impression qu'il me regarde", confie Mohammad Arif, 28 ans.
Un peu plus loin, Mukyhiar Ali, 42 ans, montre le visage de son frère gravé lui aussi sur du marbre noir.
"Il y a tellement de tombes dans le cimetière que ma mère avait du mal à trouver celle de son fils. Mais maintenant, grâce au portrait gravé, elle peut la reconnaître facilement malgré ses problèmes de vue", explique ce tailleur de Quetta.
Dans le passé, beaucoup plaçaient des photos encadrées sur les tombes accompagnées de versets du Coran calligraphiés sur des drapeaux noirs et verts.
"Mais les photos sur papier se fanaient. Le portrait gravé sur du marbre reste beau très longtemps", remarque Talib Hussain, 32 ans, qui se recueille sur la tombe de son père.
D'où sa popularité croissante au sein de la communauté hazara, une minorité chiite du Pakistan, longtemps persécutée par des groupes armés sunnites.
- "Au service des gens" -
L'artiste Sadiq Poya, âgé de 35 ans, est l'auteur de nombreux portraits gravés dans ce cimetière. Il les réalise parfois gratuitement pour les familles qui n'ont pas les moyens de le payer, car il veut être "au service des gens".
Il a puisé son inspiration en visitant un cimetière de Kaboul en Afghanistan, après des études d'art et de calligraphie.
"Graver un tel portrait demande beaucoup d'efforts car c'est un art", explique-t-il à l'AFP.
Initialement, il dessinait les lignes du visage directement sur le marbre avant de graver. Désormais, il dispose d'une machine à graver à la pointe de diamant qui lui facilite un peu le travail. Il lui faut toutefois encore sept à dix jours pour terminer un portrait.
Selon la taille, un visage gravé coûte de 20.000 à 30.000 roupies pakistanaises (60 à 90 euros). "Les personnes riches préfèrent des portraits sur granit, les autres sur du marbre", souligne-t-il.
Sadiq Poya a dû quitter l'Afghanistan après le retour au pouvoir des autorités talibanes qui appliquent une version ultra-rigoriste de l'islam dans laquelle la représentation des êtres humains est interdite.
Mais au Pakistan, certains religieux chiites comme Hashim Mossavi, sont aussi réticents pour les mêmes raisons: "Les portraits sur les tombes sont une nouvelle mode, mais si vous voulez mon opinion, il serait mieux qu'on ne montre pas" ces visages.
F.Mueller--VB