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De "Stranger Things" à "Dune", un studio québécois s'impose sur la scène des effets visuels
Créé il y a 20 ans dans un sous-sol sombre du Vieux-Montréal, le studio Rodeo FX est parvenu à se faire une place au milieu des grands noms de l'industrie des effets spéciaux et vient de signer ceux de la dernière saison de "Stranger Things".
"Avec le temps, on a grossi, on a eu une très belle croissance", raconte à l'AFP Ara Khanikian, superviseur exécutif des effets visuels, depuis leurs bureaux aux murs de briques et élégantes boiseries situées dans le quartier du Vieux-Port de Montréal.
Mais tout "a vraiment commencé au sous-sol de l'immeuble à côté", ajoute-t-il dans un sourire.
Aujourd'hui, le studio québécois a des antennes à Toronto, Los Angeles ou Paris et s'impose dans un monde des effets spéciaux dominé par des compagnies associées aux grands conglomérats comme Disney, Warner Bros, Universal et Paramount.
Leur dernier fait d'armes: les saisons 4 et 5 de la célèbre série de Netflix "Stranger Things". Lancée en 2016, celle-ci raconte l'histoire d'adolescents d'une petite ville américaine confrontés à des créatures surnaturelles et un univers parallèle, sur fond de nostalgie des années 1980.
Pendant une année, Philip Harris-Genois s'est échiné à peaufiner la créature du Démogorgon, avec pour mission de rendre "encore plus imposant" ce monstre agile dont le visage s'ouvre telle une fleur pour dévoiler des rangées de dents baveuses.
D'un coup habile de souris, le modeleur 3D ajoute une cicatrice sur le torse de la bête, expliquant comment il a façonné le monstre, trait par trait, comme s'il "travaillait une sculpture en pâte à modeler".
Il rajoute, de l'excitation dans la voix, qu'il est allé puiser dans l'anatomie du lion pour créer cette posture si menaçante du Démogorgon, posé sur ses orteils, prêt à bondir.
- "De la nature" -
Julien Héry, superviseur entre autres du projet "Stranger Things", explique que les effets visuels extraordinaires "s'inspirent souvent de la nature".
Pour "Dune:Prophecy", Rodeo FX a puisé dans la géographie de la côte méditerranéenne pour créer l'environnement du palais impérial de la première saison de cette série sortie en 2024.
"On a fait des recherches sur la végétation, quel type d'arbre existe près des côtes, quel type de roche", pour que le public ait envie d'y croire.
Après la conceptualisation vient la modélisation, l'animation, la simulation, l'éclairage, puis la superposition de ces images dans les séquences déjà tournées. Un processus chronophage.
À titre d'exemple, l'emblématique scène de combat entre le Démogorgon et Jim Hopper, interprété par David Harbour, dans une prison soviétique dans la saison 4 de "Stranger Things" a pris "de six mois à un an" de sa conceptualisation à son montage. Pour une scène de moins de 7 minutes.
"C'est sûr qu'on passe beaucoup de temps sur nos projets, confie Julien Héry. La saison 4, c'était plus de deux ans de travail. Ca devient très personnel, on y met beaucoup d'amour."
Mais cela semble payer. C'est à Rodeo FX qu'on doit, notamment, les transitions ayant transformé "Birdman", Oscar du meilleur film en 2014, en très long plan-séquence, et une partie du monde onirique de "Dune: Part Two", vainqueur de l'Oscar des meilleurs effets visuels la même année.
Leur travail leur a valu, plus récemment, quatre nominations aux prix VES, qui récompensent les meilleurs de l'industrie des effets visuels, dont les gagnants seront annoncés le 25 février prochain.
Le petit studio devenu grand travaille sur plusieurs projets d'envergure pour 2026.
"Il y a plein de projets qu'on ne peut pas réellement dévoiler", commente Julien Héry, mais ils travaillent déjà à la superproduction Marvel, "Avengers: Doomsday" et à la deuxième saison de "Monarch".
A.Ruegg--VB