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Le "Hollywood sur Danube" hongrois craint de faire les frais des taxes Trump
"Dune", "Blade Runner 2049", "The Witcher": ces blockbusters ont tous été au moins en partie tournés à Budapest, surnommée le "Hollywood sur le Danube". Mais l'industrie du cinéma hongrois florissante craint de faire les frais des taxes douanières de Donald Trump.
"C’est comme une météorite qui se dirigerait vers la Terre : elle peut soit passer à côté de nous soit nous frapper de plein fouet", estime Karoly Radnai, directeur général du cabinet fiscal hongrois Andersen.
"Il n'y a aucun moyen de s'adapter. Si Trump introduit des taxes, ce sera très mauvais pour nous", ajoute-t-il, alors que cette industrie pèse près d'un milliard de dollars.
La capitale hongroise et la Hongrie dans son ensemble sont devenues des lieux de tournage incontournables pour les productions internationales ces 20 dernières années, en particulier pour les studios américains, grâce à des paysages pittoresques, une main-d'œuvre bon marché et un généreux programme de subventions.
Or cet âge d'or pourrait cesser du jour au lendemain, si le président américain décide de mettre à exécution sa menace de taxer à 100% les films produits à l'étranger.
Avec une centaine de projets par an, la Hongrie est désormais le pays le plus important pour Hollywood en dehors du monde anglophone, en particulier pour les services de streaming, selon Timothy Havens, professeur à l'Université de l'Iowa.
"Les séries haut de gamme, avec des éléments visuels spectaculaires, sont leur produit d'appel", souligne-t-il. Or c'est coûteux, "qu'il s'agisse d'effets spéciaux ou de prises de vue en extérieur", d'où l'attrait de la Hongrie.
Les experts conviennent que cette externalisation a sérieusement nui à la machine cinématographie californienne, mais ils sont sceptiques quant aux bénéfices de la taxation des tournages à l'étranger.
"Le modèle actuel est si important pour les résultats financiers de Hollywood que les producteurs trouveront une solution pour contourner les taxes si elles sont mises en oeuvre", selon M. Havens.
Le commissaire du gouvernement hongrois pour le développement de l'industrie cinématographique, Czaba Kael, a affirmé à l'AFP que la question du cinéma avait été soulevée auprès de l'administration Trump dont M. Orban est proche.
- "Savoir-faire" -
En 2023, quelque 910 millions de dollars ont été dépensés dans le pays pour des productions cinématographiques étrangères, en majorité américaines, selon l'Institut national du film. Un chiffre qui a été multiplié par quatre en cinq ans.
Mais il ne s'agit pas que d'argent, selon Czaba Kael qui dirige cet organisme public de soutien aux cinéastes.
Il cite ainsi les selfies pris par des stars de passage qui offrent une publicité gratuite au pays de 9,5 millions d'habitants, mais surtout la transmission d'un "savoir-faire" par "les plus grands réalisateurs et directeurs de la photographie" qui a permis au cinéma hongrois de grandir.
Dernier exemple en date, la série télévisée historique hongroise "Rise of Raven", qui a bénéficié d'une diffusion internationale cette année.
M. Kael rappelle aussi la percée de professionnels comme la décoratrice Zsuzsanna Sipos, qui a remporté, avec le Canadien Patrice Vermette, l'Oscar de la meilleure direction artistique en 2022 pour son travail sur le premier volet de "Dune" du réalisateur Denis Villeneuve.
Les taxes de Donald Trump ne sont pas la seule ombre à peser sur l'industrie hongroise du cinéma qui emploie désormais 20.000 personnes.
En juin, le Premier ministre Viktor Orban a pris la décision de suspendre le programme adopté en 2004, qui permet un remboursement de 30% des frais de production locale.
Bien que M. Kael se veuille rassurant concernant la reprise de ces subventions, les producteurs hongrois craignent de plus en plus que la situation ne dure, en raison d'une croissance économique à l'arrêt qui pousse le gouvernement à réorienter ses dépenses vers des programmes plus susceptibles de plaire aux électeurs à l'approche des législatives d'avril.
"Pour l'instant, les choses fonctionnent encore, mais cela pourrait très facilement s'effondrer", craint le producteur américano-hongrois Daniel Kresmery, de la société HeroSuared, rencontré fin octobre sur le plateau de tournage d'un film d'horreur au nom tenu encore secret, dans le décor sinistre de l'ancien hôpital psychiatrique de Budapest.
K.Sutter--VB