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Malgré des défaites sans précédent, la junte birmane prépare son défilé militaire annuel
La junte birmane se prépare à faire défiler ses troupes jeudi pour la Journée des forces armées, après une année de défaites sans précédent qui l'a conduite à recourir à la conscription pour renforcer ses rangs.
Des milliers de soldats défileront devant le chef de la junte Min Aung Hlaing dans la capitale birmane Naypyidaw. Selon des médias d'Etat birmans, le vice-ministre russe de la Défense, Alexander Fomin, ainsi que le ministre biélorusse de la Défense assisteront jeudi au défilé.
Le dirigeant birman doit prononcer un discours à l'occasion de la cérémonie.
Quatre ans après le coup d'Etat qui l'a porté au pouvoir en février 2021 et renversé la dirigeante élue Aung San Suu Kyi, il a annoncé le 8 mars des élections pour décembre 2025 ou janvier 2026.
L'organisation de ce scrutin, le premier sous la nouvelle administration, suppose une levée de l'état d'urgence, prolongé pour six mois le 31 janvier.
Des chancelleries occidentales et des groupes de défense de droits humains ont jugé que ce projet d'élections s'apparentait à une mascarade, faute de réelle opposition tolérée, et dans un pays échappant partiellement au contrôle de l'Etat.
A Naypyidaw, sur une banderole placée à l'entrée de l'esplanade où doit se tenir la parade, figure le mot d'ordre : "Ce n'est que lorsque l'armée sera forte que le pays sera fort".
Mais dans ce pays ravagé par une guerre civile depuis le putsch, les défilés militaires ont perdu en éclat d'année en année. Les combats opposent la junte à une guérilla prodémocratie d'un côté et divers groupes armés ethniques par ailleurs.
Depuis la précédente édition de la Journée des forces armées en 2024, la junte a perdu la ville clé de Lashio, dans le nord du pays, ainsi que des pans entiers de l'Etat de Rakhine, à l'ouest, et a dû recourir à la conscription pour tenter d'enrôler plus de 50.000 nouvelles recrues.
- Aide russe et chinoise -
Selon l'ONU, le conflit a fait plus de 6.300 morts civils et provoqué le déplacement de plus de 3,5 millions de personnes. Quelque 50% des habitants vivent désormais sous le seuil de pauvreté.
Dans ce contexte, le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé mi-mars l'arrêt de son aide à plus d'un million de Birmans en raison d'un "manque critique de financement".
Près de la moitié de celui-ci (4,4 milliards de dollars sur un total de 9,7 milliards en 2024) était en effet fourni par les Etats-Unis, dont le président Donald Trump a annoncé des coupes drastiques dans le budget de l'aide internationale.
Les sanctions commerciales occidentales ont par ailleurs isolé la Birmanie, la rendant de plus en plus dépendante de l'aide économique et militaire chinoise et russe.
Des observateurs ont récemment noté une recrudescence de frappes effectuées par la junte à l'aide d'avions de fabrication russe.
Samedi, une telle frappe sur une clinique de fortune dans un village isolé de l'ouest du pays a tué 11 personnes, dont un médecin et sa femme.
Malgré leurs défaites, les militaires "disposent toujours d'une quantité supérieure d'armes" et "n'ont pas besoin de vaincre tout le monde pour garder le contrôle" notamment du centre du pays, juge Jack Myint, du Center for Strategic and International Studies de Washington.
Dans ce contexte, Pékin joue de ses liens tant avec la junte qu'avec les rebelles pour garantir la stabilité à sa frontière, selon ce chercheur.
Les Chinois "brandissent la carotte une fois, puis le bâton l'instant d'après, et maintiennent le tout d'une manière qui sert au mieux leurs intérêts", estime-t-il.
G.Schmid--VB