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Déchéance historique pour Andrew, la famille royale appelée à davantage de transparence
La décision historique du roi Charles III de priver son frère Andrew de ses titres a été largement saluée vendredi au Royaume-Uni, sans éteindre pour autant les questions sur l'avenir du prince déchu et la nécessité de contrôler davantage la famille royale.
Les liens entre Andrew, 65 ans, et le financier, délinquant sexuel et pédocriminel américain Jeffrey Epstein empoisonnent la vie de la famille royale britannique depuis bientôt 15 ans et après un énième rebondissement embarrassant, le souverain a finalement tranché.
La dernière fois qu'un prince a été déchu de son titre par le roi remonte à 1919, sous le monarque George V. La famille royale n'avait pas connu pareil choc depuis la mort tragique de la princesse Diana en 1997, et l'abdication d'Edouard VIII en 1936.
Humiliation supplémentaire, Charles III a aussi décidé qu'Andrew devrait quitter le manoir royal de 30 pièces qu'il occupe depuis 2003 près du château de Windsor.
L'interminable scandale a éclaté en 2011 lorsque Virginia Giuffre, la principale accusatrice de Jeffrey Epstein, a accusé le deuxième fils d'Elizabeth II de l'avoir utilisée comme esclave sexuelle - dont deux fois lorsqu'elle avait 17 ans. Des accusations qu'Andrew a toujours niées, sans convaincre.
Si Andrew n’exerçait plus aucune fonction officielle depuis 2019, les accusations ont récemment rebondi, avec la publication des mémoires posthumes de Virginia Giuffre, qui s'est suicidée en avril dernier.
Comme le fait d'avoir hébergé chez lui en 2006 le financier américain, sa complice Ghislaine Maxwell et l'ex-producteur hollywoodien Harvey Weinstein, condamné pour viol.
- "Intenable" -
Ces révélations rendaient "sa présence (....) au sein de la famille royale intenable", décrypte pour l'AFP Ed Owens, historien et commentateur royal.
"Nous soutenons pleinement la décision prise hier par le Palais", a d'ailleurs réagi vendredi un porte-parole du gouvernement travailliste de Keir Starmer, habituellement muet sur les sujets royaux.
Concrètement, Andrew ira s'installer à Sandringham dans le Norfolk, propriété privée de Charles qui continuera à soutenir financièrement son frère.
Des sources au palais de Buckingham ont indiqué que le déménagement interviendrait "dès que pratiquement possible". Selon certains médias, il pourrait néanmoins attendre début 2026.
En exilant Andrew dans la campagne anglaise, l'objectif du roi est clair: faire oublier ce frère si toxique, et "essayer d'empêcher de nouvelles enquêtes et débats", selon Ed Owens.
La police de Londres enquête notamment sur une information de presse selon laquelle Andrew aurait demandé au policier chargé de sa sécurité de chercher des informations sur Virginia Giuffre pour la discréditer.
Le contexte est désormais plus propice "pour qu'ils examinent cette question correctement", estime auprès de l'AFP Andrew Lownie, biographe du duc déchu.
Le groupe anti-monarchiste Republic a aussi fait savoir qu'il avait demandé à des avocats d'explorer la possibilité de lancer une enquête à titre privé.
Et le frère de Virginia Giuffre, Sky Roberts, s'est juré de continuer à poursuivre Andrew.
"Je félicite le roi, je pense qu'il fait un travail formidable" mais "il faut aller plus loin: il doit être en prison", a-t-il déclaré sur la BBC.
- Décision tardive -
Le scandale a aussi mis sur la table la question plus large d'un contrôle du Parlement sur la famille royale.
"Nous avons besoin que la monarchie rende des comptes par tous les moyens", a déclaré vendredi à la BBC la députée Rachael Maskell. Elle a déposé une proposition de loi visant à permettre au roi ou à une commission parlementaire de retirer des titres de noblesse à tous ceux qui en seraient détenteurs.
"La famille royale a l'occasion d'être un peu plus transparente sur ces actions, notamment sur ses finances", régulièrement sujet à polémiques, estime aussi Andrew Lownie.
Si les Britanniques saluent la décision du roi, beaucoup soulignaient aussi vendredi qu'elle intervenait tardivement.
"Il aurait probablement dû le faire il y a longtemps. Pour être honnête, je ne sais pas qui voudrait encore s'associer à lui", a réagi Luke Whittaker, 27 ans, interrogé par l'AFP dans les rues de Londres.
Jasmine Grenier, lycéenne de 16 ans, estimait aussi que si "c'est une bonne chose que la famille royale assume ses responsabilités et agisse", elle aurait pu "en faire davantage".
Selon un sondage de l'institut YouGov, 58% des personnes interrogées estiment que la famille royale a trop attendu avant d'agir contre Andrew.
F.Stadler--VB