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Venezuela: manifestation à hauts risques contre l'investiture de Maduro
Des centaines de personnes ont commencé à se réunir dans Caracas sous haute vigilance policière et militaire pour la manifestation de l'opposition visant à contrecarrer l'investiture vendredi du président Nicolas Maduro dont elle conteste la réélection en juillet.
En parallèle, des centaines de partisans du pouvoir ont aussi commencé à se rassembler avant une marche de soutien au président socialiste, qui doit prêter serment pour un troisième mandat à l'Assemblée nationale vendredi à midi (16H00 GMT).
Les autorités ont massivement déployé les forces de l'ordre dans le pays, particulièrement dans la capitale, jurant que l'investiture se passera "dans la paix" et la "normalité".
"Je laisserai ma peau sur l'asphalte pour mes enfants, mais cela en vaudra la peine car le Venezuela sera libre! Vive le Venezuela libre!", affirme Rafael Castillo, 70 ans, qui espère faire partir Maduro.
Il faut "vaincre la peur", lance la cheffe de l'opposition Corina Machado, qui a promis sortir de la clandestinité pour participer à la manifestation qu'elle a convoquée. Accusée d'être une "criminelle" par Maduro lui-même, elle a dit ne vouloir "manquer pour rien au monde ce jour historique".
L'opposition revendique la victoire de son candidat Edmundo Gonzalez Urrutia à la présidentielle. Elle assure que les procès-verbaux des bureaux de vote qu'elle a recueillis prouvent que l'ancien diplomate a remporté le scrutin haut la main (plus de 67% des voix) face à "un régime qui se sait battu" et est complètement isolé sur le plan international.
- Nombreuses arrestations -
Le Conseil national électoral (CNE) avait proclamé le président sortant vainqueur du scrutin avec 52% des voix, mais sans publier les procès-verbaux, se disant victime d'un piratage informatique. Une hypothèse jugée peu crédible par de nombreux observateurs.
L'annonce du CNE avait provoqué des manifestations spontanées dans tout le pays, durement réprimées. Les troubles postélectoraux se sont soldés par 28 morts, plus de 200 blessés, et 2.400 personnes arrêtées pour "terrorisme".
Les forces de sécurité ont procédé à de nombreuses arrestations ces derniers jours: quelque 150 personnes, dont un présumé responsable du FBI (police fédérale américaine) et un militaire américains, selon M. Maduro, qui a évoqué une "agression" financée par les États-Unis.
Washington, qui ne reconnaît pas la victoire de M. Maduro, a qualifié de "catégoriquement fausse" toute accusation de participation dans un "complot" visant à le renverser, selon un porte-parole du département d’État américain.
Enrique Marquez, figure de l'opposition vénézuélienne et fer de lance de la bataille juridique contre la réélection contestée de M. Maduro, et le gendre de M. Gonzalez Urrutia font partie des personnes arrêtées et accusées d'être impliquées dans une tentative de putsch, selon le ministre de l'Intérieur Diosdado Cabello.
Le respecté Carlos Correa, directeur d'une ONG réputée de défense des droits humains, a aussi été arrêté.
L'ONU s'est dite "profondément inquiète" jeudi de l'arrestation d'opposants politiques et notamment de celle de M. Correa, a écrit Volker Türk, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme.
Dans ce contexte, et après les répressions des grandes manifestations de 2014, 2017 et 2019, qui avaient fait plus de 200 morts et déclenché l'ouverture d'une enquête de la Cour pénale internationale, de nombreux observateurs s'interrogent sur la capacité de l'opposition à mobiliser ses partisans. Même si les sondages assurent qu'une grande majorité du pays désire le changement.
- Tournée diplomatique -
L'opposition a appelé à de multiples reprises les forces de l'ordre et l'armée, un des piliers du pouvoir, à "baisser les armes" et à respecter la volonté populaire. En vain.
De plus, jeudi matin, des partisans du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV, parti de M. Maduro) avaient installé des tentes pour leurs militants dans de nombreux sites de la capitale, dont deux à des points de ralliement de la manifestation de l'opposition.
Exilé en Espagne depuis septembre, M. Gonzalez Urrutia a effectué ces derniers jours une tournée diplomatique qui l'a notamment mené à la Maison Blanche. Il est depuis mercredi soir en République dominicaine, à une heure de vol à peine du Venezuela. Il avait envisagé d'aller à Caracas vendredi pour prêter serment à la place de M. Maduro, un projet jugé "improbable" par des observateurs.
Les autorités vénézuéliennes, qui ont mis à prix pour 100.000 dollars la tête de M. Gonzalez Urrutia, ont promis la prison à tous ceux qui l'accompagneraient, affirmant qu'elles réagiraient de la même manière que si elles faisaient face à une "force d'invasion".
C.Stoecklin--VB