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Jesse Jackson, champion des droits des Afro-Américains et médiateur international
Compagnon de route de Martin Luther King, orateur talentueux, Jesse Jackson, mort mardi à l'âge de 84 ans, a élargi la place des Afro-Américains sur la scène politique américaine grâce à deux campagnes présidentielles malheureuses qui ont contribué à ouvrir la voie à l'élection du premier président noir des Etats-Unis.
Le pasteur noir s'est éteint "paisiblement "mardi matin entouré des siens après une longue bataille contre la maladie de Parkinson, a annoncé sa famille sur Instagram.
"Son engagement indéfectible en faveur de la justice, de l’égalité et des droits humains a contribué à galvaniser un mouvement mondial pour la liberté et la dignité", a affirmé la famille du pasteur.
"Inlassable artisan du changement, il a donné une voix aux sans-voix (...) laissant une empreinte indélébile dans l’histoire", a-t-elle ajouté.
Né dans une Amérique encore marquée par la ségrégation, le révérend Jackson a participé à certains des épisodes les plus marquants du combat pour l'égalité raciale aux Etats-Unis.
Il était à Memphis avec Martin Luther King en 1968 quand le géant de la lutte pour les droits civiques a été assassiné. Il se tenait en larmes, silencieux, parmi la foule qui fêtait la victoire de Barack Obama en 2008. Il se trouvait au côté de la famille de George Floyd en 2021, après un verdict historique déclarant coupable un policier blanc, Derek Chauvin, du meurtre de l'Afro-américain.
"Mon électorat, ce sont les désespérés, les damnés, les déshérités, les déconsidérés, les méprisés", a lancé le pasteur baptiste lors de la convention démocrate de 1984.
Le révérend Jackson s'est fait connaître dans les années 1960 en travaillant sous la présidence de Martin Luther King pour la Southern Christian Leadership Conference, une organisation combattant pour les droits civiques dans un esprit de non violence, avant de lancer ses propres mouvements, Operation Push ou National Rainbow Coalition.
- "Gardez l'espoir!" -
Sa carrière fut aussi secouée par des polémiques, comme en 1984 lorsqu'il avait utilisé un terme antisémite pour parler de New York ou quand il avait soutenu mordicus son ami Michael Jackson pendant son procès pour abus sexuels sur mineur en 2005.
C'est avec ses deux campagnes présidentielles en 1984 et 1988 que Jesse Jackson a gagné en notoriété, élargissant la plateforme politique démocrate aux combats des Afro-Américains.
En 1988, il marqua les esprits avec un discours sur le "socle commun", exhortant les Américains à se rassembler. "L'aile gauche, l'aile droite (...), il faut deux ailes pour voler".
Attaquant le bilan de Ronald Reagan, Jesse Jackson avait dénoncé les inégalités d'un système baptisé "Robin des bois à l'envers" favorisant les plus riches et abandonnant les pauvres.
- Premier sit-in -
Lui-même partait de loin. Jesse Louis Burns est né le 8 octobre 1941 à Greenville, en Caroline du Sud, d'une mère adolescente et d'un ancien boxeur professionnel.
Sa mère s'est remariée et Jesse a pris le nom de famille de son beau-père, Charles Jackson.
Son enfance est celle d'un garçon noir dans le Sud ségrégationniste. "Ce n'est pas une cuillère en argent que j'avais dans la bouche, mais plutôt une pelle dans les mains", disait-il.
Excellent élève dans son lycée ségrégué, il a décroché une bourse grâce à ses qualités de joueur de football américain et étudie à l'université au moment où le mouvement pour les droits civiques prend son envol aux Etats-Unis.
Jesse Jackson n'a pas 20 ans quand il a participé à son premier sit-in, et sera de ceux qui, en 1965, marchèrent entre Selma et Montgomery, dans le Sud profond, pour défendre l'accès au vote des Afro-Américains.
Le pasteur s'est ensuite imposé comme médiateur et envoyé spécial dans plusieurs conflits internationaux majeurs.
Fervent militant de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, il a fait office dans les années 1990 d'émissaire du président Bill Clinton pour l'Afrique, allant au Nigeria et dans plusieurs autres pays.
Il s'est aussi rendu en Syrie en 1983 pour négocier avec succès la libération d'un pilote captif de l'US Navy, puis à Belgrade en 1999, où après une rencontre avec Slobodan Milosevic, il a contribué à la libération de trois prisonniers de guerre américains.
Il est parti en Irak en 1990 peu avant la guerre du Golfe pour demander à Saddam Hussein la libération de dizaines d'otages américains.
En 2005, il avait toutefois suscité des remous en s'affichant proche du président vénézuélien Hugo Chavez.
En 2017, Jesse Jackson a annoncé lutter contre la maladie de Parkinson et commencé à limiter ses apparitions publiques.
Mais il avait tenu à être au côté de la famille de George Floyd, à Minneapolis, en avril 2021, pour le rendu du verdict. Celui-ci a apporté du "soulagement" mais "la lutte pour l'égalité est un long combat dans ce pays", a-t-il alors dit.
A.Zbinden--VB