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Orania, l'enclave afrikaner passéiste séduit une certaine jeunesse
En marge de la nation arc-en-ciel, une génération entière a grandi dans l'entre-soi d'Orania, enclave afrikaner monochrome de plus de 3.000 habitants qui a fêté ses 35 ans ce week-end.
A voir le public dépassant rarement 30 ans dans un bar baissant rideau à minuit, ce microcosme perdu à l'entrée du semi-désert du Karoo aimante une certaine jeunesse, intégralement blanche et descendant des premiers colons européens.
Baignés d'une lumière bleue et bercés de country afrikaans, des fils et filles d'Orania se mêlent dans la fumée de tabac du Stokkies à des étudiants suivant des formations en électricité, plomberie ou encore ingénierie civile. Inaugurées il y a quelques années, elles sont en pleine expansion.
Patron de ce pub où figure une table de bras de fer "pour régler les histoires", Thomas de Villiers, 31 ans, a un profil fréquent à Orania, celui du revenant.
Parti adulte vers la métropole cosmopolite du Cap après avoir posé ses cartons à 8 ans avec ses parents dans l'enclave, ce membre d'une confrérie de motards a fini par revenir au bercail, poussé par les trajectoires contradictoires du coût exorbitant de la vie là-bas et de ses revenus s'effilochant.
Comme lui, Charlotte van Niekerk, 22 ans, a choisi de revenir s'installer à Orania, au moment de quitter le foyer familial. Elle y avait vécu avec ses parents de ses 4 à 14 ans, avant qu'ils ne déménagent dans des fermes isolées.
"Beaucoup de jeunes avaient hâte d'avoir 18 ans pour enfin partir d'ici", raconte à l'AFP cette marketeuse aux airs de Taylor Swift. "Mais c'est drôle, parce que souvent, ils reviennent après quelques années, quand ils se rendent compte que ce n'est pas si génial dehors."
Si le cinéma lui manque le plus, l'arrivée d'étudiants a rajeuni la bourgade. "Ca a élargi les horizons", estime-t-elle. "Car il y avait beaucoup moins de jeunes avant."
Réinvention du phalanstère en version identitaire afrikaner, Orania a créé en 2019 un établissement de formation supérieure technique.
Presque tous originaires du reste du pays, ses 250 étudiants sont cooptés, comme toute cette communauté fermée, sur des critères ethnique et religieux, le goût du travail, et leurs antécédents judiciaires sont validés.
Orania vise 800 étudiants dans quatre ans, explique à l'AFP son porte-parole Joost Strydom en montrant des dortoirs en construction.
Peu ont vocation à rester. Le marché du travail demeure étriqué dans ce coin isolé: la première grande ville aux alentours, Hopetown, 10.000 habitants, pointe à 40 km. En attendant, ils dépensent à la station de carburant, à la supérette ou au Stokkies.
- Pêche et motocross -
Les rues pavillonnaires d'Orania tracées dans des plaines arides ne frappent pas comme la destination rêvée d'étudiants.
"Ca dépend de chacun", concède David Loock, 21 ans. "La vie sociale est assez différente de Pretoria, Johannesburg et du Cap." Sa candidature n'a pas été retenue dans la ville étudiante de Stellenbosch, voisine du Cap où il vivait.
"La pêche, c'est notre truc, ce qu'on fait pendant notre temps libre", décrit-il. Photo à l'appui, une amie vante l'énorme poisson-chat tiré du fleuve Orange en contrebasLa canne à pêche est, avec la motocross, le principal passe-temps.
Venu aussi d'une grande ville, Johannesburg, Divan van der Westhuizen, 19 ans, apprécie l'atmosphère.
"Ca a été un grand changement pour moi qui venais d'un endroit où on est mélangés avec beaucoup de monde", explique ce moustachu en short et chemisette typiques des Boers. "Ca m'a fait du bien de retrouver les miens, les Afrikaners."
- "On est la majorité ici" -
Faire d'Orania un phénomène représentatif serait un raccourci. Ses habitants ne représentent qu'une infime fraction des Afrikaners, estimés à environ 2,6 millions des 62 millions d'habitants de l'Afrique du Sud en 2022.
Voir ce modèle séduire des jeunes n'est cependant pas si étonnant. La droite MAGA trumpiste aux Etats-Unis comme les partis d'extrême droite européens ont enregistré des percées dans cet électorat dernièrement en attisant ou répondant à la peur du "grand remplacement".
Le fait minoritaire est une réalité depuis toujours pour les Afrikaners. Sauf que le pays a longtemps été régi par des dirigeants issus de cette frange de la population, en particulier sous le régime raciste et ségrégationniste de l'apartheid.
C'est au moment de son démantèlement progressif au croisement des années 1980 et 1990 qu'Orania a été fondé, en 1991.
"A partir de ce moment, c'est devenu comme une grande nation arc-en-ciel. Dans nos têtes, on savait que ça ne devait pas se passer comme ça", explique Doret Le Cornu, 23 ans dont trois passés à Orania. "On est la majorité ici, sans crainte d'une population plus importante autour de nous."
H.Kuenzler--VB