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Décès de Marjane Satrapi, autrice en exil de "Persepolis" et étendard du peuple iranien
Le récit autobiographique de son enfance en République islamique d'Iran lui avait valu la consécration : l'autrice franco-iranienne de "Persepolis" Marjane Satrapi est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, "morte de tristesse" un an après la disparition de son mari.
"Marjane Satrapi morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie", a indiqué son entourage dans un communiqué transmis jeudi à l'AFP.
Exilée en France depuis 1994, naturalisée en 2006, Marjane Satrapi avait marqué les esprits avec la saga autobiographique "Persepolis" (éditions l'Association) dans laquelle elle racontait la répression politique du temps du Shah d'Iran, son enfance sous le joug de la République islamique et son douloureux départ vers l'Europe.
D'un trait simple, servi par des planches en noir et blanc, Marjane Satrapi avait dépeint la grande complexité de la société iranienne et le choc intime et politique provoqué par l'arrivée au pouvoir de l'ayatollah Khomeini en 1979.
"Cette image de la femme corbeau et de l'homme barbu intégriste, ce que vous avez pu voir à la télévision, c'est ce qui était permis d'être vu par le gouvernement. Mais l'Iran, c'est une dictature, et une dictature ne montre pas tout", avait-elle déclaré en 2003, regrettant les "clichés" entourant son pays natal.
Primé en 2001 au festival international de BD d'Angoulême, le premier volet de "Persepolis" avait été suivi de trois autres et porté à écran par Marjane Satrapi elle-même en 2007, avec Vincent Paronnaud à la co-réalisation, décrochant deux César et le prix du jury du festival de Cannes en 2007.
"Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens", avait alors Marjane Satrapi, adversaire acharnée de la République islamique d'Iran.
"Marjane Satrapi porta (...) la cause du peuple iranien et l'étendard du droit des femmes", a salué le président français Emmanuel Macron dans un communiqué de l'Élysée, rendant hommage à "une artiste éprise de liberté" qui a transformé "une enfance iranienne en fable universelle".
- "Héritage majeur" -
Son pays natal, où elle a grandi dans une famille d'intellectuels communistes, a irrigué l'œuvre de cette diplômée de l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, de "Broderies" (2003), florilège d'anecdotes de femmes iraniennes, à "Poulet aux prunes" (2005), prix du meilleur album à Angoulême dont elle a co-réalisé l'adaptation au cinéma avec Mathieu Amalric et Maria de Medeiros au casting.
En 2024, elle avait coordonné l'ouvrage collectif "Femme vie liberté", écrit après le soulèvement de la jeunesse iranienne dans la foulée du décès en détention de la jeune Mahsa Amini, arrêtée parce qu'elle ne portait pas correctement son voile.
"Elle a consacré son œuvre et sa voix à la défense des femmes iraniennes" et "laisse un héritage artistique et culturel majeur", a salué la Fondation de la prix Nobel de la paix iranienne Narges Mohammadi.
En 2025, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran", qui connaissait alors une nouvelle vague de répression.
"Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas".
"Le refus de la Légion d'honneur n'est en aucun cas une action ou une pensée contre la France. Bien au contraire, j'aime profondément ce pays qui est le mien", avait-elle précisé.
Son compte Instagram portait la trace de l'inconsolable chagrin causé par la perte en 2025 de son mari, producteur, acteur et co-scénariste. Réparti sur plusieurs posts, un message proclamait ainsi: "I Lost the love of my life" (j'ai perdu l'amour de ma vie).
W.Huber--VB