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Salvador: une ONG anti corruption se dit forcée à l'exil par la répression de Bukele
L'ONG Cristosal, qui enquête sur des cas de corruption et dénonce des violations des droits humains au Salvador, s'est dite jeudi contrainte à l'exil par l'"escalade répressive" du gouvernement de Nayib Bukele.
Cristosal est une voix critique de la politique sécuritaire du président Bukele et fournit une assistance aux familles des 252 migrants vénézuéliens expulsés par les États-Unis en mars et incarcérés dans une prison de haute sécurité du Salvador.
Jeudi, elle s'est dite victime de "harcèlement", "espionnage" et "diffamation". "Face à ce scénario de consolidation autoritaire, nous avons été contraints de prendre la douloureuse décision de suspendre nos opérations au Salvador", a indiqué l'ONG dans un communiqué, avant une conférence de presse dans la ville de Guatemala, confirmant des informations obtenues par l'AFP auprès de militants.
L'ONG, créée par des évêques anglicans, a assuré qu'elle continuera à travailler depuis ses bureaux au Guatemala et au Honduras, après 25 ans d'opérations au Salvador, afin de préserver la sécurité de son équipe de militants et de "maintenir vivante la défense des droits humains".
Cristosal a pris cette décision après l'arrestation en mai de l'avocate salvadorienne Ruth Lopez, cheffe de son unité anti corruption, sur des accusations de détournement de fonds qu'elle rejette, et après l'entrée en vigueur en juin d'une loi sur les "agents étrangers", similaire à celles existant en Russie et au Nicaragua.
- Stratégie d'intimidation -
Amnesty International a déclaré Mme Lopez "prisonnière d'opinion" et a demandé sa libération immédiate.
"Il ne s'agit pas d'un cas isolé mais d'une stratégie de punition exemplaire visant à intimider. Ruth est en prison pour avoir exigé de la transparence et dénoncé la corruption. Comme elle, de nombreuses autres personnes ont été criminalisées pour leur travail ou forcées à l'exil", souligne l'ONG dans le communiqué.
Avec la loi sur les "agents étrangers", rejetée par les organismes internationaux de défense des droits humains, les ONG se voient obligées à payer une taxe de 30% sur les fonds qu'elles reçoivent. La principale source de revenus de Cristosal provient des donations.
"C'est un instrument de contrôle autoritaire" qui "impose des sanctions discrétionnaires, des taxes punitives et une surveillance étatique pour censurer et punir les organisations indépendantes", a dénoncé Cristosal.
- "Coûter la prison" -
L'ONG, qui comptait une trentaine de militants au Salvador, estime que ce pays "a cessé d'être un État de droit". "Exprimer une opinion ou exiger des droits fondamentaux peut aujourd'hui coûter la prison", a-t-elle ajouté.
Plus de 40 journalistes salvadoriens se sont exilés ces derniers mois, selon l'Association des journalistes du Salvador, parmi lesquels des membres du journal en ligne El Faro, qui avait dénoncé l'existence d'un pacte entre Nayib Bukele et les gangs avant que le président leur déclare la guerre en 2022. Une information que M. Bukele nie catégoriquement.
Ces derniers mois, plusieurs détracteurs de Nayib Bukele ont également été arrêtés au Salvador, comme l'avocat environnementaliste Alejandro Henriquez, le constitutionnaliste Enrique Anaya et le leader communautaire José Angel Pérez.
M. Bukele a été réélu en février 2024 grâce à la grande popularité de sa "guerre" contre les gangs, qui a nettement réduit la violence liée au crime organisé dans le pays.
Cette offensive repose sur un régime d'exception en vigueur depuis 2022, critiqué par des groupes de défense des droits humains comme Cristosal, car il autorise des arrestations sans mandat judiciaire, entre autres mesures controversées.
L.Meier--VB