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Procès OpenAI: Altman contraint d'admettre qu'il lui est "arrivé de ne pas dire la vérité"
L'avocat d'Elon Musk a attaqué d'emblée mardi Sam Altman sur sa réputation d'insincérité, après une matinée au tribunal d'Oakland (Californie) où le patron d'OpenAI s'était défendu d'avoir trahi la mission philanthropique du laboratoire derrière ChatGPT, cofondé fin 2015 avec le soutien du multimilliardaire.
Elon Musk, l'initiateur de ce procès retentissant dans la baie de San Francisco, accuse Sam Altman et ses cofondateurs d'avoir trahi la vocation non-lucrative d'OpenAI, en détournant les dons qu'il leur avait accordé -- 38 millions de dollars -- pour bâtir un champion mondial privé de l'IA générative et faire fortune.
Sam Altman, dernier des quatre multimilliardaires appelés à témoigner dans ce grand règlement de comptes, a mené un duel tendu mardi avec l'avocat de Musk, Steven Molo.
"Etes-vous totalement digne de confiance ?", attaque d'entrée l'avocat. "Je crois que oui", se crispe l'entrepreneur, conscient de sa réputation dans la Silicon Valley: admiré pour son brillant et précoce parcours d'investisseur, Sam Altman a été débarqué par surprise de la tête d'OpenAI en novembre 2023, accusé d'insincérité par son conseil d'administration.
Un récent portrait-enquête du magazine New Yorker, soulevant la question de confier l'avenir de cette révolution technologique à un homme soupçonné d'être un manipulateur, a renforcé cette réputation. En avril, son domicile de San Francisco a été visé par un cocktail-molotov.
"Dites-vous toujours la vérité ?", le relance l'avocat. "Je crois que je suis une personne sincère". "Ce n'était pas ma question", presse Me Molo.
Sam Altman marque une pause, la salle retient son souffle : "Je suis sûr qu'il m'est arrivé, à un moment de ma vie, de ne pas le faire", concède-t-il, sous les yeux des neuf citoyens américains, chargés de déterminer qui croire dans cette querelle de milliardaires.
En février 2023, cinq ans après le départ de Musk d'OpenAI, Altman lui écrivait: "Je ne pense pas qu'OpenAI aurait vu le jour sans vous". "J'ai changé de point de vue sur l'importance d'Elon", s'est-il justifié mardi.
Avant ce contre-interrogatoire pesant, Sam Altman avait, guidé par son avocat, développé sa défense contre l'accusation d'avoir "voler une organisation caritative", le leitmotiv de Musk.
Le succès de ChatGPT, ses près d'un milliard d'utilisateurs réguliers et une entreprise valorisée à 850 milliards: "cela ne correspond pas à ma conception de ce que signifie détourner une organisation philanthropique", a déclaré Sam Altman, costume sombre et cravate bleue.
"Je suis très fier du travail accompli, a-t-il dit, (...) et du soutien dont bénéficie cette fondation", qui profite du succès d'OpenAI. La fondation, accusée d'être une riche coquille vide, est devenue un actionnaire minoritaire de la structure commerciale, qui affiche toujours son ambition de développer une IA "bénéfique pour toute l'humanité".
- "gagner de l'argent" -
A l'été 2017, Elon Musk lui-même et les cofondateurs discutaient déjà de la création d'un virage commercial, indispensable pour lever les milliards nécessaires pour payer les ingénieurs et la puissance de calcul.
Une victoire de ChatGPT face à des humains dans le jeu vidéo Dota2, en août 2017, venait de démontrer le potentiel de l'IA, captant l'attention d'investisseurs.
A l'époque, raconte Sam Altman, Elon Musk réclame "90% des parts". "Il a adouci ensuite, mais c'était toujours une majorité" absolue, et il "refusait de s'engager par écrit" à partager le pouvoir à long terme.
"Nous ne pensions pas que l'intelligence artificielle générale", un niveau hypothétique où l'IA dépasserait les capacités humaines, "devait être sous le contrôle d'une seule personne", a-t-il justifié.
Depuis l'assignation judiciaire de Musk en 2024, OpenAI dénonce une manœuvre pour la ralentir menée par un concurrent revanchard. Qui mène ses propres projets lucratifs d'IA avec son entité xAI au sein de son géant spatial SpaceX, valorisé 1.250 milliards de dollars avant une entrée en Bourse record.
Depuis l'ouverture du procès le 27 avril, le clan Musk a mis à mal la thèse du pur altruisme des fondateurs d'OpenAI.
Son président, Greg Brockman, s'est fait malmené sur son journal personnel dans lequel il admettait vouloir "gagner de l'argent". Sa participation dans OpenAI est évaluée à environ 30 milliards de dollars aujourd'hui.
Sam Altman ne détient pas directement d'actions d'OpenAI, mais est intéressé via les parts qu'il détient dans l'incubateur Y Combinator.
Elon Musk demande à la justice le retour d'OpenAI à son statut de fondation.
Une telle issue obligerait l'entreprise à renoncer à ses investisseurs privés, comme Microsoft, essentiels dans la course mondiale à l'IA.
Les jurés sont censés débuter leurs délibérations jeudi.
P.Keller--VB