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Procès Musk-Altman: le PDG de Microsoft "très fier" de son rôle dans la genèse d'OpenAI
Au procès d'OpenAI en Californie, le patron de Microsoft, Satya Nadella, s'est dit lundi "très fier" d'avoir été le premier à miser des milliards, dès 2019, sur un laboratoire d'IA affichant une vocation philanthropique, sans nier que ce pari répondait avant tout aux intérêts de son groupe.
Le PDG faisait face aux accusations d'Elon Musk, selon lequel Microsoft a sciemment aidé les créateurs de ChatGPT à trahir leur vocation non lucrative.
Il a répondu que son partenariat avait au contraire permis de bâtir "l'une des plus grandes organisations à but non lucratif au monde", celle sur laquelle la société commerciale OpenAI reste adossée.
Il s'exprimait devant une cour d'Oakland, près de San Francisco, à la veille de l'audition très attendue de Sam Altman, le puissant et décrié patron d'OpenAI.
"Si le gâteau devient plus grand, la fondation en bénéficie aussi, et c'est exactement ce qui s'est produit", s'est défendu le PDG de Microsoft.
Elon Musk et lui, "nous avons chacun le numéro de l'autre", a-t-il glissé. Mais le patron de SpaceX, qui l'a assigné en justice en 2024 dans cette affaire, ne l'a jamais contacté pour l'informer que les investissements de Microsoft dans OpenAI violaient des engagements particuliers envers lui.
Dans ce procès qui captive la Silicon Valley, Elon Musk accuse les fondateurs d'OpenAI, dont il fut le premier soutien dès 2015, d'avoir détourné ses dons (38 millions de dollars) pour bâtir un empire désormais valorisé plus de 850 milliards de dollars.
Il réclame le retour d'OpenAI au statut unique de fondation à but non lucratif, une issue qui menacerait son entrée en Bourse et sa place dans la compétition mondiale de l'IA, face à Anthropic, Google ou le chinois DeepSeek.
En face, l'entreprise dénonce une manœuvre pour la ralentir, menée par un concurrent revanchard qui mène ses propres projets lucratifs d'IA au sein de son mastodonte SpaceX.
- "Bien marché" -
Documents internes à l'appui, l'avocat d'Elon Musk a fait confirmer que Microsoft projetait un retour de 92 milliards de dollars en 4 ans sur ses 13 milliards investis. "Ça a bien marché parce que nous avons pris un risque", a concédé M. Nadella. La participation du groupe dans OpenAI est estimée à 135 milliards désormais.
Le camp Musk a aussi exploité cet interrogatoire pour tenter de convaincre le jury que Microsoft tirait les ficelles du virage commercial controversé d'OpenAI.
"Nous avons les gens, nous avons la puissance de calcul, nous avons les données, nous avons tout", s'était vanté M. Nadella en novembre 2023. A l'époque, il avait joué un rôle central dans la crise qui avait vu le conseil d'OpenAI licencier par surprise Sam Altman pour manque de transparence.
La nuit du licenciement, M. Nadella avait immédiatement cherché à récupérer les fondateurs évincés : "Je voulais m'assurer que Sam et Greg (Brockman, son cofondateur) ne créent pas une entreprise concurrente et qu'ils rejoignent Microsoft", a-t-il témoigné.
Le lendemain matin, Microsoft avait déjà constitué une filiale pour les accueillir et racheter les parts des employés qui les suivraient, ce qui aurait requis environ 25 milliards de dollars selon une estimation d'un des cofondateurs.
Sam Altman avait finalement repris le pouvoir après cinq jours de crise, soutenu par une majorité d'employés.
L'interrogatoire de ce dernier, prévu de mardi à mercredi, sera suivi des plaidoiries jeudi.
Le jury pourrait rendre son verdict la semaine prochaine. Il sera toutefois consultatif, la juge Yvonne Gonzalez Rogers ayant décidé de statuer seule.
- Détruire l'humanité -
Depuis fin avril, l'audience étale en détails les querelles intestines d'un cercle d'ingénieurs, d'investisseurs et de dirigeants qui ont précédé la sortie retentissante de ChatGPT, fin 2022.
Le procès a déjà donné deux semaines d'auditions saisissantes.
Le cofondateur Greg Brockman, dont la participation dans OpenAI est estimée à 30 milliards de dollars sans avoir investi un centime, a été malmené sur ses carnets de 2017, révélant son désir de "gagner de l'argent" et ses scrupules sur la stratégie menée par Sam Altman.
Il a ensuite rééquilibré son image en décrivant les manipulations d'un Elon Musk prêt à tout pour obtenir "le contrôle absolu" du laboratoire d'IA et concurrencer celui de Google.
Avant lui, Elon Musk s'était dépeint en bienfaiteur désintéressé, soucieux que le développement de l'IA, susceptible de détruire l'humanité, échappe à la pression du profit, avant d'être trahi par ses protégés.
L'homme le plus riche du monde a annoncé mercredi un partenariat majeur avec Anthropic, le rival numéro un d'OpenAI.
D.Bachmann--VB