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Breakdance: "Nasty" et sa révolution olympique
Quelques cris de déception jaillissent dans la salle jaune de l'école de Loubeyrat (Puy-de-Dôme), le groupe d'enfants en nage est déçu: il n'y aura pas cours de breakdance lundi prochain, pour cause de Championnats du monde à Séoul, en Corée du Sud.
Nathanaël Etouke, alias "Nasty" dans le milieu du breakdance, donne des cours depuis trois ans dans cette petite commune du centre de la France, à une trentaine de kilomètres de Clermont-Ferrand.
Mais depuis qu'il a intégré l'INSEP, l'usine à champions du sport français, aux côtés de cinq autres athlètes, pour se préparer à représenter la France aux Jeux olympiques 2024 de Paris, la routine du "B-boy" (comme on désigne les spécialistes de breakdance) de 29 ans a été bouleversée, à l'image d'une discipline en pleine mutation.
"J'ai trois gamines, je donne des cours, je m'entraîne pour les Jeux...", avec une semaine sur deux en intensif en région parisienne, détaille le sportif en corrigeant patiemment ses jeunes élèves, qui enchaînent les "hook" et les "CC" sur fond de rap et de trap.
Le breakdance ou breaking, né dans le quartier du Bronx à New York dans l'effervescence de la culture hip-hop des années 1970, sera pour la première fois au menu des JO, dans moins de deux ans à Paris.
La discipline, entre danse, gymnastique et sport de combat, consiste à enchaîner des figures au rythme d'une musique imposée plus ou moins rapidement, au sol, debout ou accroupi en défiant un adversaire.
- Bitume et plume -
"Depuis tout petit, je baigne dans la culture hip-hop. En 2004, le film Street Dancers (film de danse hip-hop américain NDLR) a été une révélation, j'ai kiffé l'esprit battle, le crew (l'équipe) et j'ai commencé à danser tout seul", sourit "Nasty", sweat oversize orange et dreadlocks courtes tombant sur le front.
"En 2008, je traînais avec des gens qui dansaient dehors. C'était l'été, y'avait rien à faire, ils me montraient des mouvements", se souvient celui qui a grandi à Issoire, une petite ville de 14.000 habitants à 30 minutes en voiture de Clermont.
Dans la grande ville voisine, le breaking était déjà bien établi dans les années 2000 mais pratiqué par des groupes autodidactes.
Cinq ans plus tard, Nasty abandonne sa formation de cuisinier pour courir les battles (tournois) au niveau international. En 2017, il rejoint la compagnie "Supreme Legacy", un collectif d'artistes clermontois. Il commence alors à vivre du breaking, en donnant aussi des cours.
Dans une salle couleur bitume, Nasty saute et tourne sur la tête, sous l'oeil de huit autres "B-boys" et "B-girls" au rythme intense de rap et de trap.
Arnaud Ousset, alias "Whereisit", 27 ans, observe la silhouette longiligne de son camarade. "Ca ne m'étonne pas qu'il soit aux JO. C'est un bosseur, il s'entraîne tout le temps. Il est créatif et léger, c'est une plume".
Une grimace de douleur vient fendre le visage de Nasty. Encore cette fichue hanche. "Sans la venue du break aux JO, personne ne serait allé voir un kiné. On s'en foutait complètement. Je ne me suis jamais échauffé ou étiré de ma vie, je le paye aujourd'hui".
- Communauté divisée -
Des battles improvisées en extérieur, Nathanaël est passé au cadre du très professionnel Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP) avec une nutrition millimétrée, de la balnéothérapie et 8h d'entraînement par jour.
L'objectif: courir après de précieux points attribués en fonction des résultats aux tournois nationaux ou internationaux, devenus de plus en plus exigeants, qui définissent ensuite un "ranking" (classement).
Les vainqueurs sont désignés par des juges, contre l'applaudimètre d'origine. Une institutionnalisation qui ne plaît pas à tout le monde, car le breaking vient de la rue, issu d'une culture populaire et subversive.
"La communauté a été divisée entre les puristes et le côté fédéral qui évolue vers un aspect plus sportif", expose "Nasty".
Celui-ci veut garder le lien avec "l'essence du break", mais admet que "les JO ça apporte des sponsors et un cadre". Ce qui lui permet de s'entraîner "mieux et plus longtemps".
"Il faut savoir d'où on vient, mais on a aussi besoin d'évoluer", poursuit le sportif de haut niveau. "Et pour 2024, j’y vais à fond".
E.Schubert--BTB