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Mondial féminin de basket: la méthode Toupane à l'épreuve du temps
Après une préparation digne de ce nom, une méthode enfin assimilée? Le style de jeu en rupture avec le passé prôné par le sélectionneur de l'équipe de France féminine de basket, Jean-Aimé Toupane, passe au révélateur du Mondial à partir de jeudi à Sydney.
Nommé en octobre à la surprise générale en remplacement de Valérie Garnier, remerciée après huit ans à la tête des Bleues et deux médailles au goût d'inachevé en 2021 à l'Euro (argent) et aux JO (bronze), Toupane a connu des débuts compliqués.
Le technicien de 64 ans, jusque-là chargé des moins de 20 ans français et qui n'avait auparavant jamais entraîné de sélection chez les seniors ni au haut niveau féminin, a d'emblée lourdement chuté face à la modeste Ukraine (90-71), en novembre dans le cadre des qualifications à l'Euro-2023.
Et si les Bleues ont rapidement relevé la tête face à la Lituanie (83-56), elles ont rechuté en février, lors du tournoi de qualification au Mondial-2022, avec deux revers face au Nigeria (67-65) et à la Chine (103-70), pour un pénible succès contre le Mali (77-66).
Des fenêtres internationales "de trois-quatre jours et trois entraînements" lors desquelles Toupane n'a pu, plaide-t-il, réellement travailler en profondeur.
"Il faut du temps pour changer les choses", surtout auprès d'une "équipe qui a fonctionné pendant huit ans avec Valérie" Garnier, explique le sélectionneur, assumant une "rupture" avec le passé.
"On a pris une autre direction, en prenant des risques. Elle vaut ce qu'elle vaut, on verra à la fin. Si ce n'est pas bien, quelqu’un me remplacera, c’est comme ça. Mais en tout cas, la volonté de construire demande du temps", martèle-t-il.
- "Apprendre à se connaître" -
Le direction prise dans l'optique des JO-2024 à Paris est celle d'un basket plus athlétique et agressif, de mouvement plus que de positions.
"C'est un jeu avec une défense très dure, très haute, qui va essayer de +sortir+ sur les écrans, défendre dur pour ensuite pouvoir relancer vite vers l’avant. Un jeu avec beaucoup de courses, de vitesse", décryptait Marine Johannès lundi, à la veille de déclarer forfait en raison d'une blessure à une cuisse.
Ce jeu, qui demande de l'énergie et "nous correspond car on est beaucoup de jeunes" selon Johannès, nécessite donc aussi du temps pour être assimilé, comme la méthode du nouveau sélectionneur.
"C'est nouveau pour nous, mais ça fait du bien de travailler longtemps ensemble, d'apprendre à se connaître, savoir vraiment ce qu'il veut. Sans se chercher d'excuses, sur les fenêtres internationales, ça a été très court pour mettre en place des choses. Là, on a pu clarifier, eu le temps de travailler et de vivre ensemble", explique Alexia Chartereau, intérieure d'une équipe de France réunie depuis le 9 août.
Si les joueuses ont dû apprendre à connaître leur nouveau sélectionneur, la réciproque est également vraie. D'autant que Toupane n'avait jamais entraîné de féminines à un haut niveau.
- "Donner du sens" -
Par rapport aux hommes, "l'exigence de performance est la même mais la relation est différente", estime le sélectionneur.
"Je reprends souvent cette anecdote d’un collègue: les garçons ont besoin de jouer au basket pour être bien, les filles d’être bien pour jouer au basket. Il faut créer les conditions pour qu’elles puissent s'épanouir, donner du sens, expliquer. Alors que, parfois, avec les garçons, tu n'as pas fini d'expliquer (un exercice) qu’ils foncent tête baissée. J’apprends aussi par rapport à ça", dit-il.
Après un mois et demi de préparation, Toupane pense que le projet commun "avance, les filles commencent à comprendre les choses, on commence à trouver du liant".
Johannès abondait, estimant "que là on comprend vraiment où veut en venir Aimé". Jeudi elle ne sera cependant pas sur le terrain qui, seul, permettra de réellement mesurer l'état d'avancement du chantier.
J.Bergmann--BTB