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Bol d'Or: Méliand-Philippe, du mariage glorieux au divorce amer
De leur rencontre en 2003 à leurs retraits du championnat du monde d’endurance de moto, les Français Dominique Méliand, le fondateur du mythique team SERT, et Vincent Philippe, recordman de victoires au Castellet (Var), sont devenus le tandem emblématique du Bol d’Or, qui fête son 100e anniversaire cette année.
L’un, manager, s’est enrichi de dix-huit titres sur le circuit Paul-Ricard, l’autre a soulevé neuf trophées entre 2004 et 2019 sous les ordres de Méliand, devenant le pilote le plus titré de l’histoire devant Gustave Lefèvre (de 1947 à 1957).
"Avec Dominique, ça a tout de suite collé. C’est quelqu’un de très exigeant. Ce n’est pas un marrant. Je suis également très gourmand quand il s'agit de gagner. On était là pour réussir. On partageait l’idée que pour y arriver, il fallait être hyper professionnels", explique Philippe, 44 ans, retraité depuis 2019.
Ingénieur de formation chez Gaz de France, son acolyte, Méliand, 75 ans, a épousé les chemins de la réussite grâce à une abnégation et un caractère endurci par les deuils, notamment celui de son meilleur ami et co-fondateur du SERT avec lui, Jean-Bernard Peyré, mort dans un accident de voiture en 1980, l'année de lancement de l'écurie.
- "Engueulades" -
"Il a toujours eu la volonté de réussir et d'être un pionnier dans son sport. Pour arriver à ses fins, il devait se montrer un peu autoritaire", résume Christian Batteux, rédacteur en chef adjoint de "Moto revue" et auteur du livre "100 ans du Bol d'Or".
"Je me suis pris des engueulades. Quand tu sortais du cadre, tu le savais de suite", assure Philippe.
"Lors de mes premiers 24 Heures de Spa, je revenais de blessure. Je fais un bon résultat et j’interpelle Dominique à la fin de la course en lui disant +T’as vu la course que j’ai faite+. Il me répond +Normal. Tu t’es engagé avec nous+," narre hilare Philippe.
La relation embryonnaire, encore frappée du sceau de la distance et de la verticalité, laisse rapidement place à une lien professionnel basé sur la compréhension et l’échange. Car en 2010, le statut de Philippe, cinq fois champion du monde d’endurance et six fois lauréat du "Bol", se renforce.
"A un moment donné, il venait discuter avec moi pour me demander mon avis. C’est très rare dans une équipe de moto. On échangeait. Mais c’est toujours lui qui prenait les décisions (...) J’étais un grand fidèle. Il a pu me confier certaines choses qu’il n’aurait pas confiées à d’autres."
Et les résultats dans les années 2010 valident cette décision. Suzuki remporte quatre victoires au Castellet, avec comme chef de file, Vincent Philippe, alors au firmament de sa carrière, comme en témoignent ses cinq titres de champion du monde d'endurance, tous acquis avec Suzuki qui a annoncé son retrait de la compétition moto et de l’endurance à la fin de cette saison.
- Une fin amère –
Mais le légendaire attelage franco-japonais va connaître un coup dur en 2017 lorsque Dominique Méliand doit s'éloigner des paddocks en raison de problèmes cardiarques.
"C'est comme si quelqu'un avait décidé à sa place. C'est horrible", déplore Philippe.
Malgré son retour un an après son opération, Méliand est contraint de rester à distance du poste de manager, désormais occupé par Damien Saulnier.
Le Bisontin garde un goût amer de cette mise en retrait "forcée", qui a, selon lui, contribué à "mettre des grains de sable" dans leur relation.
"L’ambiance a changé du tout au tout. La confession n’était plus présente. Quelque chose s’est cassé. Notamment la dernière année où j’avais toujours la confiance de Suzuki mais plus celle de Méliand", admet-t-il.
Comme un fil distendu, le dernier succès des deux hommes au Bol d'Or en 2019 ne résoud pas les problèmes. Le divorce est consommé. Leurs prestigieuses carrières, cimentées sur le circuit du Castellet, s'arrêtent, sans l'allégresse commune.
"On ne mérite pas de terminer comme ça, sur une victoire. C’est une fin bizarre", lance Philippe.
"Les deux dernières années, je les ai appréciées à demi-mesure, surtout dans notre relation. J’aurais voulu garder en tête les moments d’euphorie où on se tape dans la main. J’essaie de mettre de côté cette fin un peu amère pour garder le meilleur. On est restés 15 ans ensemble".
C.Kovalenko--BTB