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Tour de France: "on espère tous la bagarre", dit le directeur Christian Prudhomme
Constatant la supériorité de Tadej Pogacar, le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, dit espérer, dans un entretien à l'AFP, que la concurrence et en particulier Jonas Vingegaard arrivent à se hisser à la hauteur pour qu'il y ait "de la bagarre".
QUESTION: Le Tour part samedi de Lille pour une édition 100% française. Qu'attendez-vous de cette première semaine ?
REPONSE: "Autrefois, on espérait qu'une chose: qu'elle se termine vite. Cette année, c'est exactement le contraire. Si tu ne regardes que les villes de départ et d'arrivée, tu te dis qu'il y a dix jours dans la plaine. Mais c'est une plaine en trompe l'oeil. Une fausse plaine. On a fait le choix avec Thierry (Gouvenou, le directeur course) de traquer les côtes partout où il y en a. A Boulogne, à Rouen, à Vire, à Mûr-de-Bretagne qui est devenu un classique".
Q: Mais il n'y aura pas de pavés dans le nord, c'est trop dangereux ?
R: "Dangereux peut-être, trop tôt en tout cas. On n'est pas susceptibles d'être anti-pavés. Thierry, sa course de coeur est Paris-Roubaix. Mais on a pris l'option des côtes. Et non seulement des côtes raides mais des côtes où les coureurs vont ressortir à découvert et où le vent risque de faire de gros dégâts. Thierry joue beaucoup sur large-étroit, les virages, les changements de direction, le vent qui peut arriver. Il magnifie les parcours que je lui demande".
Q: Il y a un coureur qui domine. Est-ce que le Tour sera déjà joué après les Pyrénées ?
R: "J'espère que non, mais ça on ne le sait jamais avant. On fait tout pour que ça puisse se jouer au dernier moment. C'est sûr que le dernier Critérium du Dauphiné a montré un Pogacar supérieur en montagne. S'il est au même niveau que ces derniers mois, ce sera très compliqué pour ses adversaires. C'est aussi pour ça que la première semaine sera peut-être la plus importante depuis des années. C'est là où il faut essayer de lui prendre du temps".
Q: C'est important pour le Tour d'avoir un duel ?
R: "Bien sûr, parce que ça voudrait dire qu'il y a de la bagarre. Et il n'y a rien de mieux qu'un duel. Ca fait le sel de toutes les compétitions sportives. Sur ces cinq dernières années, on a un 3-2 en faveur de Pogacar contre Jonas Vingegaard. Et on a envie que le match continue, avec, pourquoi pas un (Remco) Evenepoel ou un autre troisième homme, peut-être (Florian) Lipowitz".
Q: Y a-t-il un phénomène de lassitude qui s'installe par rapport à Pogacar ?
R: "Comme à l'époque d'Eddy Merckx. Le gars qui gagne beaucoup. C'est pour ça qu'on serait absolument ravis qu'il y ait du suspense. On espère tous la bagarre et nous, les organisateurs aussi".
Q: Que pensez-vous des critiques de Vingegaard, Evenepoel ou Van Aert sur le passage par Montmartre lors de la dernière étape ?
R: "Je le comprends parfaitement, de la même manière que certains coureurs n'étaient pas ravis quand on a remis les pavés ou les chemins blancs au goût du jour. Voilà, ça fait partie de ces choses. Mais je ne doute pas que ce sera formidable".
Q: Bernard Hinault est le dernier vainqueur français, il y a 40 ans. Qu'il n'ait pas de successeur cette année encore sonne comme une évidence ?
R: "Le cyclisme français est entre deux générations. Thibaut Pinot est parti, Romain Bardet est parti. Julien Alaphilippe n'est plus le Julien d'il y a une demi-douzaine d'années. Mais on a de nouveaux coureurs très jeunes, pleins de talent comme Lenny Martinez, Romain Grégoire ou Kevin Vauquelin. Peut-être qu'il n'y aura pas de trou finalement, peut-être que les deux cols vont s'enchaîner, qu'on n'aura pas 50 km dans la plaine pour passer d'une génération à l'autre. Pour le général, on n'a personne pour le moment. Mais on a des coureurs pour aller gagner des étapes".
Q: Paul Seixas, 18 ans, peut-il être celui qui va mettre fin à la disette ?
R: "On m'a demandé si j'étais déçu de ne pas l'avoir au départ du Tour. J'ai dit non, au contraire, je suis très rassuré. Heureusement qu'il n'est pas sur le Tour en 2025, et j'espère qu'il ne sera pas sur le Tour en 2026. C'est un talent pur, sans aucun doute. Mais il faut le protéger. De tout. Et aussi d'une attention trop forte. On a tous envie, les amoureux du vélo, les journalistes, les organisateurs. Mais il faut le laisser grandir. Mais oui, bien sûr, Paul Seixas, c'est exceptionnel. Se dire qu'en 2031, il pourra encore concourir pour le maillot blanc de meilleur jeune, j'ai du mal à l'accepter (rires). Ce n'est pas possible".
Propos recueillis par Jacques KLOPP
P.Keller--VB