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La Western States 100, expérience "mystique" et Graal du trail américain
Ultra-trail américain de référence, la Western States 100, dont la 52e édition débute samedi à Olympic Valley, fait figure de Graal réservé à 369 participants à la recherche d'une expérience "mystique" sur les sentiers brûlants du nord de la Californie.
Le plus ancien "100 miles" (environ 161 km) du pays fait partie des quatre grands ultras du monde avec la Hardrock 100, dans le Colorado, la Diagonale des Fous à la Réunion et l'Ultra-Trail du Mont-Blanc.
Mais là où l'UTMB tend vers le gigantisme avec 2.300 participants sur sa course reine et 10.000 coureurs sur l'ensemble de ses évènements, la Western est restée limitée à 369 partants, condition pour obtenir un permis de passage dans un espace naturel protégé.
Si les meilleurs trailers peuvent se qualifier avec l'un des 30 "golden tickets" distribués aux premiers de quelques courses à travers le monde, les autres doivent allier chance et patience avec la "loterie" annuelle, devenu un évènement en soi diffusé en direct, avec près de 10.000 inscrits.
La probabilité d'être tiré au sort (environ 0,04% à la première inscription) double chaque année, à condition de terminer un autre ultra qui donne le droit de tenter sa chance. En 2025, l'un des participants a gagné sa place après 10 ans d'attente.
- "C'était sous mes yeux" -
Autre coureur, Jeff Schacherl a lui attendu quatre ans. Ce solide amateur de Newbury Park près de Los Angeles, qui a cumulé près de 120 km par semaine pour se préparer à affronter le mythe, se considère comme "plutôt veinard".
"Des milliers de personnes viennent nous encourager, la famille, les amis ou des gens qui aiment juste l'histoire de la course", explique encore à l'AFP celui qui finira des heures après les premiers, des athlètes professionnels qui foncent à près de 12 km/h de moyenne, ravitaillements inclus, pendant un peu plus de 14 heures.
L'histoire, c'est la grande force de cet évènement, créé lorsqu'une tête brûlée du coin, Gordy Ainsleigh, a parié en 1974 qu'il pouvait finir en moins de 24h en courant le parcours d'une course alors réservée aux chevaux, et qui fait désormais figure de fête annuelle pour la communauté trail américaine.
"Je l'ai fait parce que c'était sous mes yeux. Mais quand j'y suis parvenu, je n'aurais jamais imaginé que d'autres personnes voudraient essayer", lâche le truculent créateur dans un sourire caché par son épaisse barbe blanche.
Depuis, les coureurs quittent au petit matin Olympic Valley, ville-hôte des Jeux olympiques d'hiver en 1960 (alors nommée Squaw Valley), grimpent à 2.600 m d'altitude où les attend un lever de soleil grandiose, slaloment entre les névés du massif de la Sierra Nevada puis descendent dans des canyons surchauffés (près de 40 degrés) à la merci du soleil de midi, espérant finir leur course folle à Auburn sur le tartan d'un lycée.
- "Trouver l'équilibre" -
Les pionniers et leur bravoure, les champions et leurs exploits, les amateurs et leur souffrance foulent tour à tour ces sentiers peuplés des fantômes des innombrables abandons, donnant à la course un aspect "mystique", selon l'expérimenté Andy Jones-Wilkins.
"J'ai disputé beaucoup de 100 miles en Utah, dans le Colorado, la Western n'est pas la course la plus belle, mais elle a quelque chose de spécial", dit à l'AFP cet Américain qui fréquente l'évènement depuis 25 ans, fier de sa 2e place en 2005.
"La Western States se débat pour trouver l'équilibre entre toutes les innovations de ce sport et le côté traditionnel de la course. Les organisateurs veulent garder ce cachet mais ils comprennent qu'ils font partie du monde moderne, cela crée de nouvelles opportunités."
Témoins des temps qui changent, un sponsor-titre soutient l’évènement et son village des marques où déambulent des corps affûtés et habillés des derniers produits à la mode en trail, devenu un juteux business.
Juteux sauf pour les sportifs: les vainqueurs de la course, femmes et hommes, ne gagneront pas un seul dollar pour leur exploit, mais une sculpture de cougar.
Ceux qui terminent en moins de 24 heures remportent une boucle de ceinture en argent gravée à la main, héritage des courses de chevaux locales du XXe siècle. De la 29e à la 30e heure, la dernière pour être finisseur, la fête bat son plein sur la ligne d'arrivée lors de la "golden hour".
"Tant qu'il y a de la place pour les coureurs les plus lents, l'évolution ne me pose pas de problème, ajoute le pionnier M. Ainsleigh.
Seuls les dix meilleurs gagnent le droit de revenir l'an prochain. Pour les autres, retour à la loterie.
K.Hofmann--VB