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Pologne: ouverture du débat parlementaire sur l'accès à l'avortement
Le débat très attendu sur la libéralisation des lois sévères sur l'avortement en Pologne, un pays en majorité catholique, doit commencer jeudi au Parlement polonais, dans un contexte de division sur ce sujet, même au sein de la coalition pro-européenne au pouvoir.
La Pologne a connu un profond recul des droits des femmes pendant les huit années d'exercice du pouvoir nationaliste conservateur qui a conduit à l'interdiction quasi-totale de l'avortement, suscitant des rassemblements massifs de protestation.
A l'issue des élections législatives d'octobre, l'alliance pro-UE est arrivée au pouvoir notamment grâce aux promesses de rétablir les droits reproductifs, dont l'accès à l'avortement, qui n'est actuellement légal que si la grossesse résulte d'un viol ou d'un inceste, ou si elle menace directement la vie ou la santé de la mère.
En dépit de ces promesses électorales, les projets de textes visant à libéraliser ces lois sont restés bloqués au Parlement, provoquant la colère et la frustration de nombreuses femmes et de groupes de défense des droits.
Un premier débat de six heures doit commencer jeudi après-midi.
"Ce sont des politiciens qui nous ont retiré nos droits reproductifs, il est donc temps qu'ils nous les rendent", a déclaré à l'AFP Krystyna Kacpura, directrice de l'ONG Fédération pour les femmes et le planning familial.
La Coalition civique (centre) du Premier ministre Donald Tusk a présenté son projet de loi visant à légaliser l'avortement jusqu'à la 12e semaine de grossesse, et trois autres propositions semblables émanant de ses partenaires de coalition attendent aussi d'être débattues.
- "Mini-révolution" -
Une incertitude règne cependant quant au dénouement de ce premier débat, notamment quant au soutien, suffisant ou non, que les quatre projets peuvent obtenir pour espérer passer le premier vote prévu vendredi.
"Des projets de loi au contenu similaire avaient été discutés au Parlement à de nombreuses reprises au cours des trente dernières années (...) aucun d'entre eux n'a jamais réussi à passer en commission", a rappelé M. Kacpura.
Un feu vert vendredi serait "un changement positif et peut-être une mini-révolution", déclare-t-elle.
Le chef du gouvernement, Donald Tusk, ancien chef du Conseil européen et ennemi juré de ses prédécesseurs du parti Droit et Justice (PiS), a exprimé "l'espoir" que les députés de sa coalition permettront aux nouveaux textes de franchir le premier obstacle.
"Il y a de nombreuses indications (montrant) que ce sera le cas", a indiqué M. Tusk aux journalistes mardi.
Le résultat du vote est cependant loin d'être prévisible.
Les députés du parti paysan conservateur PSL, membre de la coalition, ont exprimé des doutes au sujet de l'assouplissement prévu, certains d'entre eux ayant annoncé qu'ils ne soutiendraient pas les projets débattus.
"Je voterai contre", a déclaré Marek Sawicki, du PSL, à la radio locale TOK FM, sans préciser combien de ses collègues suivraient son exemple.
S'ils sont nombreux à dire non, les textes risquent d'être rejetés par la chambre basse.
- Contourner le veto -
L'aide à l'avortement étant interdite en Pologne, les activistes et les médecins proposant leur aide risquent la prison.
L'an dernier, l'activiste Justyna Wydrzynska a été reconnue coupable d'avoir fourni des pilules abortives à une femme enceinte et condamnée à des travaux d'intérêt général.
Selon le dernier sondage réalisé par l'agence Opinia24, 50% des Polonais sont favorables à la libéralisation des lois sur l'avortement, tandis que 41% déclarent qu'ils ne changeraient pas les règles en vigueur.
Si le parlement vote les réformes, il faudra encore qu'elles soient promulguées par le président polonais Andrzej Duda, allié du PiS et fervent catholique.
Le mois dernier, M. Duda a opposé son veto à la législation sur la contraception d'urgence, jusqu'à présent accessible uniquement sous ordonnance, pour les filles et les femmes à compter de l'âge de quinze ans, en invoquant sa volonté de "respecter les droits constitutionnels et les normes de protection de la santé des enfants".
Le gouvernement a depuis annoncé qu'il contournerait ce veto en autorisant les pharmaciens à prescrire eux-mêmes la pilule du lendemain.
T.Egger--VB