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Infirmière libérale: des journées sans fin, pour des revenus toujours en baisse
Pour évoquer son métier, Sabine Gentilini aime se comparer à une abeille: "Je pique des personnes et je travaille tout le temps, jusqu'au coucher", rit (jaune) cette infirmière libérale de 54 ans, en grève mardi à l'appel de plusieurs syndicats de la profession.
Au volant de sa Peugeot depuis 07H00, elle enchaîne les allers-retours entre une vingtaine de patients vivant dans la campagne de Compiègne (Oise), son cabinet et le laboratoire.
"J’en deviens +saoule+ en fin de journée, je me demande où je suis", souffle l'infirmière, le regard qui navigue entre la route étroite et son planning, détaillé à la minute près jusqu'à 20H00.
Prise de sang, distribution de médicaments, perfusion... En quelques gestes précis, elle effectue des soins à domicile, dont la rémunération de base stagne depuis 2009 malgré l'inflation - source de colère dans la profession qui réclame des augmentations.
Son revenu s’est effondré à 1.500 euros par mois, assure-t-elle, deux fois moins qu’en 2019, alors que ses semaines de travail oscillent toujours entre 60 et 70 heures.
Elle se plaint d’indemnités trop faibles pour ses cent kilomètres quotidiens, malgré une revalorisation récente de 25 centimes par déplacement (à 2,75 euros), et des charges qui absorbent désormais plus de la moitié de son revenu.
- Collègue agressée -
Ses passages dans les maisons, parfois en coup de vent, ne sont "pas palpables mais hyper importants", explique-t-elle, sur le plan médical mais aussi social.
Ses patients louent sa présence et son énergie, comme Désiré, 81 ans, diagnostiqué Parkinson, auquel elle rend visite tous les jours pour lui poser sa pompe à médicaments, à Thourotte (Oise). Un dispositif qui lui permet de continuer à pratiquer sa passion, le dessin.
"Ça devient une relation amicale, comme quelqu’un avec qui vous vivez", déclare le retraité, qui offre parfois des confiseries à son infirmière.
"Avant, on avait un contact privilégié avec le docteur. Maintenant, ce sont les infirmières, comme Sabine, qui l'ont remplacé", abonde Huguette, 88 ans, le visage tuméfié par une chute, lors d'une visite chez elle, à Thourotte également.
Après 26 ans de carrière, Sabine Gentilini cumule fatigue musculaire, troubles du sommeil et "lassitude" face aux tâches administratives et à la détresse de certains patients.
Récemment, un patient mécontent a agressé physiquement une collègue de son cabinet. "Perturbée" depuis, Mme Gentilini constate que "les gens exigent de plus en plus de nous".
Si bien qu'elle réfléchit à quitter le métier pour ses 60 ans, sept ans avant l’âge prévu de son départ à la retraite.
- "Pas comme ça" -
"A ce rythme, je claquerai mon AVC ou mon infarctus avant 60 ans", estime son confrère Christophe Auger, 48 ans, installé près de Beauvais et "constamment stressé".
A ses débuts, il y a près de 20 ans, il pouvait se permettre, financièrement, des pauses de plusieurs jours. Aujourd'hui, il a dû prendre un emploi salarié à Paris, dans le transport par ambulance, pour compléter les revenus de son activité libérale.
Lui aussi fustige l'augmentation des charges, surtout celles de son cabinet où il ne réalise que 2% de ses consultations mais qu'il est contraint légalement de garder pour exercer.
"C'est un billet de 1.000 euros qui part à la poubelle tous les mois", déplore-t-il, alors qu'il dépense déjà 500 euros par mois en carburant.
Au nom de la rentabilité, certains renoncent à accomplir des soins, comme Laure Bocquillon, 46 ans.
A regret, cette infirmière qui exerce dans le Nord n'a pas pu prodiguer des soins palliatifs à une connaissance "parce que ça allait prendre trop de temps pour un forfait minable".
Des rémunérations trop faibles également pour les prises de sang et les injections, payées entre 3 et 6 euros bruts (sans compter les indemnités de déplacement). Cette infirmière n'hésite pas, pourtant, à effectuer des actes gratuits dans l’urgence, par exemple si un patient l'appelle, sans ordonnance, pour poser un pansement.
"J’en suis arrivée à regarder l’aspect financier avant l’aspect humain, alors que je ne suis pas comme ça. Mais l’image de l’infirmière +gentille et bonne+, ce n'est plus possible".
H.Gerber--VB