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Scandale de corruption en Espagne: la droite durcit ses coups contre Pedro Sánchez
Le gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sánchez est chaque jour de plus en plus empêtré dans une affaire de corruption autour de contrats pour l'achat de masques durant la pandémie de Covid-19.
La présidente du Congrès des Députés, troisième personnage de l'Etat, la socialiste Francina Armengol, dont l'opposition de droite demande la démission, a dû se présenter mardi devant la presse pour clamer son innocence.
Tout a commencé le 21 février avec l'arrestation de Koldo García Izaguirre, homme de confiance d'un ancien ministre des Transports socialiste qui fut aussi jusqu'en 2021 un proche de Pedro Sánchez, José Luis Ábalos.
M. García est soupçonné d'être au cœur d'une escroquerie ayant permis à une petite société jusqu'alors inconnue d'obtenir entre mars et juin 2020 - au plus fort de la pandémie - des contrats d'une valeur de 53 millions d'euros pour fournir des masques à diverses administrations. Ces contrats auraient dégagé des commissions illégales d'au moins 9,5 millions d'euros.
Depuis son arrestation, les journaux - surtout ceux de droite - se repaissent quotidiennement de cette affaire baptisée "la combine Koldo" ou plus simplement "l'affaire Koldo".
Pour le gouvernement, chaque jour livre son lot de mauvaises nouvelles, le plaçant sur la défensive face aux accusations de plus en plus violentes de la droite.
Dans un premier temps, le Parti socialiste a expulsé M. Ábalos, qui refusait de démissionner en affirmant qu'il n'avait rien à se reprocher et qu'aucune charge ne pesait sur lui.
- "Vous l'avez couvert!" -
Depuis, on a appris que le juge chargé de l'enquête considérait que M. Ábalos avait joué un rôle d'"intermédiaire" dans cette combine.
Le Parti populaire (PP, droite), première formation d'opposition, a souligné que M. Sánchez avait remplacé M. Ábalos lors d'un remaniement en juillet 2021, affirmant que cette mise à l'écart confirmait que le Premier ministre était au courant de l'affaire et avait voulu écarter un ministre gênant.
"Vous étiez au courant et vous l'avez couvert!", a ainsi lancé la semaine dernière à M. Sánchez le dirigeant du PP, Alberto Núñez Feijóo, sans toutefois apporter de preuve.
Depuis lors, le PP exploite deux autres pistes ouvertes par l'enquête. Elles concernent deux des contrats obtenus en 2020 lors de la pandémie par cette petite société au cœur du scandale.
Ces contrats avaient été conclus par deux des 17 régions autonomes du pays, alors gouvernées par les socialistes: les îles Canaries (pour un montant de 12,2 millions d'euros) et l'archipel des Baléares (pour un montant de 3,7 millions d'euros).
Le chef du gouvernement canarien de l'époque, Ángel Víctor Torres, se trouve être depuis novembre ministre de la Politique territoriale.
Dans le cas des Baléares, le gouvernement régional était alors dirigé par Mme Armengol, élue en août présidente du Congrès des députés.
- "Lignes rouges" -
Le PP demande comment le gouvernement des Baléares a pu passer un contrat d'un tel montant à une société que personne ne connaissait et qui, de plus, a livré des masques ne correspondant pas à ceux qui avaient été payés.
Lundi, le PP a officiellement demandé la démission de Mme Armengol.
"Jamais, jamais de ma vie je n'ai donné d'instruction à aucun de mes gouvernements pour qu'il signe un contrat avec une entreprise ou une autre", a affirmé cette dernière mardi à la presse, accusant le PP de "franchir toutes les lignes rouges".
Ses propos n'ont pas suffi à mettre fin aux attaques du PP, dont le porte-parole, Miguel Tellado, l'a de nouveau exhortée à "renoncer à son poste dès que possible".
En outre, le parquet de l'Union européenne a annoncé lundi qu'il enquêterait sur ces deux contrats conclus par les Baléares et les Canaries, dans la mesure où les masques auraient été achetés avec de l'argent provenant de fonds européens.
Une première tête pourrait tomber mercredi, selon les médias espagnols: celle du secrétaire général de l'entité publique qui gère les ports, Álvaro Sánchez Manzanares, qui avait passé commande de huit millions de masques pour vingt millions d'euros à la société au centre de l'affaire Koldo.
L'affaire est d'autant plus délicate pour M. Sánchez qu'il est arrivé au pouvoir en 2018 après la chute d'un gouvernement de droite dans une énorme affaire de corruption, et qu'il a fait de l'intégrité et de la transparence son cheval de bataille.
R.Buehler--VB