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L'offensive du groupe américain Palantir sur les services publics européens passe mal
L'entreprise américaine à la réputation sulfureuse Palantir, qui développe des outils d'aide à la décision grâce à l'analyse de données dans des domaines sensibles comme la sécurité, voit sa conquête du marché européen des services publics confrontée à des résistances.
Créée en 2003, grâce notamment à des fonds provenant de la branche de la CIA dédiée aux financements et liée à l'origine à des commandements militaires et services de renseignement, Palantir a collaboré avec le gouvernement américain pour identifier des immigrés sans-papiers ou encore des cibles potentielles en Afghanistan.
Des ONG comme Amnesty International pointent de longue date des risques de surveillance de masse et d'atteinte aux libertés individuelles. La société - décrite comme l'une des plus "malfaisantes" qui existent par le magazine Slate - affirme, elle, avoir contribué à protéger le monde du terrorisme.
Alors que Palantir est devenue rentable pour la première fois en janvier, elle a, ces dernières années, redoublé d'efforts pour s'implanter sur le marché européen, notamment en France (où elle revendique environ une dizaine de clients, dont une moitié n'a pas souhaité rendre cette collaboration publique).
L'entreprise, qui fournit à l'Ukraine ses outils d'intelligence artificielle dans sa guerre contre la Russie et compte parmi ses partenaires le géant de l'aérospatial Airbus et la police danoise, a des velléités d'expansion dans le secteur des services publics.
Travaillant déjà avec des prestataires de santé américains, elle a signé l'an dernier un contrat évalué à 330 millions de livres sterling (385 millions d'euros) pour centraliser les données du National Health Service (NHS), le service public de santé du Royaume-Uni.
Craignant que les données des patients soient captées par Palantir sans garantie de ce qu'elles deviendront par la suite, associations et professionnels médicaux ont engagé des actions juridiques dénonçant ce contrat. Leurs objectifs: faire pression sur le gouvernement britannique pour en dévoiler les conditions ou obtenir des garanties quant à la protection des données.
Cette fronde pourrait avoir de lourdes répercussions sur de nombreux services publics dans le monde, et sur les ambitions d'expansion de Palantir dans ce secteur.
- "Objectifs des dirigeants" -
"On ne peut pas considérer ces partenariats sans s'intéresser aux objectifs des dirigeants de ces entreprises", insiste Rosie Collington, dont les recherches à l'University College de Londres portent sur l'externalisation des services publics.
Or le fondateur de Palantir, le milliardaire libertarien Peter Thiel, est l'objet de controverses récurrentes.
"Les autoroutes créent les embouteillages, les aides sociales créent la pauvreté, les écoles rendent les gens bêtes et le NHS rend les gens malades", a-t-il notamment lancé en janvier 2023, assimilant le rapport des Britanniques à leur service public de santé à un "syndrome de Stockholm".
Palantir s'est, depuis, défendu en déclarant que son fondateur exprimait alors un point de vue personnel. Et le groupe s'est lancé dans une campagne pour calmer les inquiétudes.
"A la différence de beaucoup d'autres entreprises, notre modèle économique ne repose pas et n'a jamais reposé sur la collecte, l'utilisation ou la vente de données personnelles", a-t-il indiqué.
En 2018, un ancien dirigeant d'Airbus a pris la tête de la branche française de Palantir, avec pour objectif de faire augmenter les effectifs et le carnet de clients en France.
Mais cette stratégie rencontre parfois des embûches dans l'Hexagone: la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui avait conclu un contrat avec l'entreprise en 2015, a récemment décidé de s'en séparer, préférant des outils français.
Autre revers, un tribunal allemand a décidé l'an dernier d'interdire l'utilisation par la police de son logiciel de surveillance, à la suite d'une procédure engagée par la Société allemande pour les droits civils, qui s'inquiétait notamment de risques d'erreur et de discrimination.
B.Baumann--VB