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L'ONU prévoit un El Niño "de très forte intensité" ces cinq prochains mois
Le phénomène El Niño est désormais "solidement installé" et devrait encore se renforcer dans les prochains mois pour atteindre une intensité "très forte" avec une quasi-certitude qu'il se prolonge jusqu'en février 2027, a alerté jeudi l'Organisation météorologique mondiale (OMM).
Cet épisode "pourrait être plus puissant que tout ce que nous avons observé depuis le début de nos relevés, au point de littéralement dépasser les limites des graphiques que nous utilisons depuis quatre décennies", a alerté devant la presse à Genève la secrétaire générale de l'OMM, Celeste Saulo.
Dans une nouvelle mise à jour de ses prévisions, l'OMM annonce qu'"El Niño s’est solidement installé et va s’intensifier pour devenir un phénomène de très forte intensité dans les mois à venir, avec des répercussions importantes sur les régimes de température et de précipitations, ainsi que sur les risques d'inondations, de sécheresses et de chaleurs extrêmes".
L'épisode devrait "parvenir à son apogée vers la fin de l’année 2026", prévient encore l'OMM, indiquant aussi "une probabilité exceptionnellement élevée" de près de 100% qu'El Niño se maintienne jusqu'en février 2027.
"El Niño prend sous nos yeux une ampleur exceptionnelle. (...) La température de la mer en surface atteint des niveaux records, le mercure continue de grimper et nous nous trouvons dans une zone à hauts risques où les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent la nouvelle norme", s'est alarmé dans un communiqué le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.
- Pacifique équatorial en surchauffe -
El Niño est un phénomène naturel qui revient tous les deux à sept ans.
Les eaux de surface dans le centre et l'est du Pacifique équatorial se réchauffent à partir du printemps, ce qui entraîne les mois suivants des modifications majeures des régimes de vents, de pression et de précipitations à l’échelle mondiale.
Les températures de surface de la mer dans cette zone du Pacifique équatorial sont déjà nettement supérieures à la moyenne et continuent d’augmenter.
Elles étaient en moyenne supérieure de 1,5°C aux normales entre mai et juillet 2026, puis de 2,0°C en juillet, relève l'OMM, évoquant aussi entre fin juillet et mi-août des relevés de 2,2°C à 2,6°C au-dessus de la moyenne, "ce qui témoigne de la poursuite du renforcement du phénomène".
Sous la surface de l'océan, les températures océaniques étaient même dans certaines zones supérieures de plus de 8°C à la moyenne en juillet et au début du mois d’août.
"Ces conditions confirment donc la persistance d’El Niño et la possibilité d’un nouveau renforcement au cours des prochains mois", selon la mise à jour de l’OMM.
Si chaque El Niño est différent, le phénomène a historiquement provoqué ou intensifié des sécheresses et risques d’incendies dans certaines régions de l'Amazonie, d'Amérique centrale, d'Indonésie et d'Australie, des perturbations de la mousson en Inde ou des pluies diluviennes dans l'est de l'Afrique.
Depuis 1950, sept épisodes ont atteint le niveau "très fort", selon l’Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA), le plus fort étant apparu en 1982-1983.
- "Course contre la montre" -
Ce phénomène s’ajoute au changement climatique causé par les activités humaines, dopant les événements météo extrêmes. Toutefois, l’intensité d’un épisode d’El Niño ne suffit pas à déterminer la gravité de ses conséquences dans un pays ou une région donnée, souligne l'OMM.
Ses effets varient selon les régions et les saisons et peuvent être modifiés par d’autres facteurs climatiques, notamment les conditions dans les océans Indien et Atlantique.
Pour la période septembre-novembre 2026, les prévisions de l’OMM indiquent une probabilité accrue de températures supérieures à la normale sur la quasi-totalité des terres émergées, ainsi que des régimes de précipitations correspondant à un fort El Niño dans le Pacifique.
El Niño "a le potentiel de porter un coup dur aux populations et aux économies du monde entier", a prévenu la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo.
"Une course contre la montre se joue désormais entre l’aggravation des risques et notre détermination à agir pour le climat et à protéger les populations", a exhorté de son côté M. Guterres.
L’année suivant El Niño, la chaleur emmagasinée dans l'océan se libère dans l’atmosphère, contribuant généralement à augmenter les températures mondiales, ce qui fait prédire à de nombreux climatologues que l’année 2027 sera la plus chaude jamais enregistrée.
L'année la plus chaude à ce jour a été 2024, après le dernier El Niño. "Nous ne devrions pas être surpris si ce record est battu", a estimé Mme Saulo.
T.Egger--VB