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En Saxe-Anhalt, l'extrême droite allemande aux portes du pouvoir
La Saxe-Anhalt concentrera tous les regards dimanche : l'extrême droite allemande devrait y remporter les élections régionales et ambitionne de diriger un Land, une première depuis 1945, fragilisant encore davantage le chancelier Friedrich Merz.
Dans cet Etat régional d'ex-RDA de 2,1 millions d'habitants, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), un parti antimigrants, russophile et favorable à Donald Trump, devance de près de 20 points les conservateurs de M. Merz : 40-43% contre 22-24%, selon les derniers sondages.
"Si l’AfD remporte les élections, les critiques contre Merz vont s'intensifier" chez les conservateurs, affirme à l'AFP Wolfgang Schroeder, politiste à l’université de Cassel, excluant toutefois une éviction du chancelier, car il "n'existe aucun successeur crédible".
Pour Friedrich Merz, qui avait promis de réduire de moitié le score de l’AfD, ce serait "une défaite personnelle", souligne Oliver Lembcke, professeur de l'université de la Ruhr à Bochum.
Ces derniers jours, le chancelier n'a cessé de mettre en garde les électeurs de cette région de l'est de l'Allemagne contre des "dommages (économiques, ndlr) considérables".
"Je ne peux pas imaginer que des investisseurs internationaux aient envie de venir inaugurer une nouvelle usine aux côtés d'un ministre-président de l'AfD", a-t-il récemment lancé.
Le candidat de l'extrême droite, Ulrich Siegmund, 35 ans, une vedette des réseaux sociaux, prévoit notamment de durcir la politique migratoire, de supprimer l'obligation scolaire et de dénoncer les traités régissant l'audiovisuel public.
Cet ex-patron d'une entreprise de parfums d'ambiance enchaîne telle une rockstar selfies et séances de dédicaces dans ses meetings électoraux.
Il joue sur la nostalgie de la RDA de ses sympathisants qui s'estiment moins bien traités que leurs cousins de l'ouest ou les migrants.
- Majorité absolue très rare -
"Il parvient à susciter un sentiment d'espoir en promettant que 'tout est possible'", assène son principal adversaire, le conservateur Sven Schulze, 47 ans, qui est à la tête de la Saxe-Anhalt depuis mars après en avoir été ministre de l'Economie.
Cet ex-eurodéputé, ingénieur de formation, au style sobre et sans emphase, a pâti de l'impopularité du gouvernement de Friedrich Merz pour faire campagne. Il insiste néanmoins pour "parler franchement aux citoyens".
Mais même si l'AfD remportait les élections, elle n'est pas certaine de diriger la Saxe-Anhalt. Pour être sûre, il lui faudrait obtenir la majorité absolue, ce qui est très rare en Allemagne du fait du système électoral à la proportionnelle.
Ainsi, actuellement, sur les 16 Länder, seule la Sarre, dans l'ouest, est dirigée par un seul parti, le SPD (sociaux-démocrates).
L'obtention de la majorité absolue par l'AfD en Saxe-Anhalt dépend du nombre des formations qui dépasseront le seuil de 5% des suffrages, la condition sine qua non pour entrer au Parlement régional.
Par exemple, les Libéraux ou le parti de gauche prorusse BSW pourraient rester en dehors de l'assemblée régionale s'ils n'obtenaient chacun que 4%, ce qui ferait mathématiquement baisser le pourcentage de suffrages nécessaires à l'AfD pour accéder au pouvoir : 46% au lieu de 50%.
- Cordon sanitaire -
Jusqu'ici, tous les partis ont exclu de gouverner avec l'extrême droite, à l'exception du BSW, dont les membres sont partagés sur cette question.
Et c'est grâce à ce cordon sanitaire contre l'AfD que le conservateur Sven Schulze pourrait rester au pouvoir : en constituant une coalition avec d'autres formations représentées au Parlement régional.
Il pourrait suivre l'exemple de deux Etats régionaux voisins, ceux de Saxe et de Thuringe, aussi situés dans l'ex-RDA et conservateurs comme lui : former un gouvernement minoritaire qui dépend du soutien de la gauche radicale, die Linke, avec qui les conservateurs ont aussi exclu depuis 2018 de gouverner.
Toutefois, dans les rangs des conservateurs, de plus en plus de voix appellent à une approche pragmatique vis-à-vis de l'AfD, en particulier dans les régions : la maintenir à l'écart du pouvoir après le scrutin de Saxe-Anhalt pourrait provoquer des tensions, déjà vives, dans le parti de Friedrich Merz.
En conséquence, à moins que l'AfD n'obtienne la majorité absolue, la constitution d'un gouvernement régional risque de s'avérer très compliquée en Saxe-Anhalt, avec en toile de fond une opinion extrêmement polarisée et des étrangers de plus en plus inquiets.
Plusieurs manifestations de tous bords sont attendues le week-end du scrutin et des renforts de police ont été prévus.
"Même si l'AfD n'accède pas au pouvoir, la situation deviendra critique en Saxe-Anhalt", craint Anke Prellwitz, une enseignante de 50 ans dans un lycée de Saxe-Anhalt. "Il continuera de diviser la société, tout en se présentant comme une victime", dit-elle à l'AFP, prédisant des "temps difficiles et problématiques", peu importe l'issue du scrutin.
L.Meier--VB