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Dans les îles Éoliennes, l'eau douce vaut "presque de l'or"
Avec ses deux grands silos blancs pour dessaler l'eau de mer, Vulcano est la seule des sept Éoliennes autonome en eau potable mais dans les autres îles, les projets de dessalinisation ne font pas l'unanimité.
"Il n'y a pas de ressources hydriques naturelles disponibles" sur les îles éoliennes, situées au nord de la Sicile, "en raison de leur superficie limitée, (...) de leur nature volcanique et de la très faible disponibilité de nappes phréatiques", retrace Mario Cassarà, responsable du département eau et déchets de la région.
Ces îles sont approvisionnées en eau par des navires-citernes, gérés par le ministère de la Défense italien. Un service au coût très élevé et qui est également tributaire des aléas météorologiques.
Sur l'île de Stromboli, "quand il fait mauvais temps, le bateau ne peut pas accoster", et "nous, on reste sans eau", explique à l'AFP Angelo Mirabito, 66 ans, patron du restaurant Malandrino.
L'été, l'afflux des visiteurs constitue un autre défi pour cet archipel classé au Patrimoine mondial de l'Unesco. S'il compte environ 15.000 habitants à l'année, il a enregistré en 2024 plus de 146.000 arrivées touristiques sur six de ses sept îles habitées.
Contrairement au dessalinisateur de Lipari, dont la production d'eau potable doit être complétée en été par des navires-citernes, celui de Vulcano suffit à couvrir les besoins de sa population toute l'année.
"Depuis 10 ans, nous produisons constamment 300.000 mètres cubes par an" d'eau potable, souligne auprès de l'AFP Fabio Pupillo, ingénieur pour la Sopes, qui gère le dessalinisateur de Vulcano pour le compte de la région.
- Sept fois moins cher -
Pompée à quelque 200 mètres, de l'autre côté de la colline inondée de soleil, puis acheminée dans une grosse canalisation qui traverse la roche, l'eau de mer est d'abord filtrée avant d'être injectée sous pression pour l'obliger à traverser une membrane semi-perméable très fine qui retient son sel.
Le coût de l'eau potable produite sur les îles éoliennes est d'environ 2 euros le mètre cube, dont seuls 70 centimes sont répercutés sur les communes. L'eau acheminée par navire-citerne revient en revanche à près de 14 euros le mètre cube, un coût entièrement supporté par le Ministère de la Défense.
L'Italie est, loin derrière l'Espagne, le deuxième pays européen pour la capacité de dessalinisation, avec 7,6% de la production quotidienne communautaire, selon des données du think tank The European House - Ambrosetti.
À ce jour, le pays produit un peu plus de 657.000 m3 par jour d'eau dessalée grâce à 341 installations en activité sur le territoire, majoritairement de petite taille.
Pourtant, à Stromboli comme sur les îles voisines d'Alicudi, Filicudi et Panarea, le projet d'installation de quatre nouvelles usines de dessalement, porté par la commune de Lipari dont elles dépendent, est loin de faire l'unanimité.
Des associations et riverains dénoncent notamment le manque de données sur l'impact environnemental de ces infrastructures dans un archipel aux écosystèmes fragiles.
- Solutions alternatives -
"L'usage de dessalinisateurs dans le cas d'îles mineures est une réponse tout à fait pertinente, surtout compte tenu des différentes crises hydriques engendrées par la crise climatique globale", souligne à l'AFP Giuseppe Amato, responsable des ressources hydriques en Sicile pour l'ONG Legambiente.
Pour autant, "il faut comprendre comment les utiliser", poursuit-il. Par exemple, "si je construis un dessalinisateur à Filicudi, est-ce que je le fais pour les 250 personnes qui y résident habituellement, ou est-ce que je le dimensionne en prenant en compte (...) le nombre maximal de touristes que Filicudi peut accueillir en haute saison ?"
Il faut aussi penser "aux saumures rejetées en mer (...) ou à son impact sur les herbiers de posidonie, égrène-t-il.
Dans une lettre adressée le 30 juin à la commune de Lipari et à la région sicilienne, la fondation environnementale Marevivo a demandé la suspension de la procédure d'autorisation des nouveaux dessalinisateurs.
La fondation estime que des solutions alternatives et complémentaires doivent également être prises en compte, telles que "la réduction des pertes du réseau", "la récupération et réutilisation des eaux usées", "la collecte des eaux de pluie" ou encore une "meilleure gestion de la demande touristique".
Une réflexion qui doit aussi passer par une utilisation plus responsable de l'eau, selon M. Amato.
Ici, "nous avons des citernes, ce n'est pas comme en ville où tu ouvres le robinet et tu as l'eau courante", relève Eugenio Vodini, 66 ans, qui propose des excursions en bateau. "Les habitants savent la gérer (...), contrairement aux touristes", selon lui.
Alors que "c'est un bien extrêmement précieux, presque comme l'or. Parce que sans eau, comment tu fais ?", conclut-il.
L.Maurer--VB