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Quatre décennies plus tard, Beaufort reste aussi pour les Palestiniens un symbole de bravoure
En apprenant que le drapeau israélien flottait de nouveau sur la forteresse libanaise de Beaufort, l'ancien combattant Maïn al-Taher a replongé plus de 40 ans en arrière, quand nombre de ses camarades palestiniens y avaient trouvé la mort.
"C'était le 6 juin 1982. La forteresse était la cible de tirs d'artillerie et de raids aériens israéliens ininterrompus. Je regardais de loin ce qui n'était plus qu'un bloc de feu sous l'intensité des bombardements", se remémore Maïn al-Taher, 74 ans, qui a combattu au sein de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).
A la création d'Israël en 1948, des dizaines de milliers de Palestiniens sont contraints à l'exil vers le Liban voisin, d'où des factions s'organisent pour attaquer le nouvel Etat. En 1969, les autorités libanaises signent avec l'OLP un accord qui permet cette lutte armée depuis le sol libanais.
Pour mettre un terme aux attaques, Israël envahit le Liban pour la première fois en 1978, puis une deuxième fois en 1982, allant jusqu'à Beyrouth.
En 1978 et 1982, Maïn al-Taher est commandant des forces libano-palestiniennes, d'abord dans la région frontalière de Bint Jbeil et Maroun al-Ras, puis à Nabatiyé et sur le site de Beaufort.
Lorsque les forces israéliennes s'emparent de la forteresse médiévale, il n'est pas sur place.
"J'étais à Beyrouth, où mon épouse venait d'accoucher de notre première fille. Lorsque les combats se sont intensifiés, j'ai quitté Beyrouth pour Nabatiyé, où je suis arrivé à la mi-journée du 6 juin", raconte-t-il à l'AFP à Amman, en Jordanie.
"Dans la matinée, les combattants avaient réussi à abattre un avion de combat israélien (...) et à capturer son pilote", poursuit-il.
Il tente de rejoindre, avec un camarade, la forteresse construite par les Croisés au XIIe siècle, mais leur voiture est visée par un bombardement israélien et il est blessé.
Sur place, la trentaine de membres du bataillon Jarmaq du Fatah - qui comprend outre des Palestiniens, des Libanais et des Yéménites - se retranchent dans les abris, tranchées et le tunnel construits après les raids israéliens qui avaient visé le site dès 1981.
Mais "la bataille ce jour-là s'est soldée par la mort de tous les combattants retranchés dans la forteresse", "entrée dans l'histoire", s'enthousiasme Maïn al-Taher.
- "Retranchés 60 heures" -
Mohammed al-Qarout a lui aussi combattu au sein de l'OLP au Liban, avant d'occuper des fonctions au sein de l'Autorité palestinienne à Jéricho, au centre de la Cisjordanie occupée où il réside actuellement.
A 69 ans, il continue de collecter des informations et documents sur la bataille de Beaufort et plus généralement sur l'histoire du Fatah.
Sur un de ses vieux clichés, on distingue une longue échelle: c'est lui qui l'avait installée pour permettre aux combattants d'accéder à la forteresse après sa destruction en 1981.
Une autre photo montre un groupe de combattants en tenue militaire sur la forteresse, saluant de la main.
Le 6 juin, il était lui dans la Békaa, plus au nord.
Avant d'être tous tués, "les combattants ont tenu plus de 60 heures", rappelle-t-il.
Pour lui, la bataille est un "symbole de défi, de résilience et de vigueur".
- De l'OLP au Hezbollah -
Les deux anciens combattants insistent auprès de l'AFP sur l'importance stratégique de Beaufort: juchée sur une crête qui surplombe le sud du Liban et le nord d'Israël, la forteresse était autrefois déjà au coeur de batailles entre croisés et armées musulmanes pour en prendre le contrôle.
En 1982, Israël voulait repousser l'OLP de sa frontière.
Après la prise de la forteresse, le Premier ministre Menahem Begin et son ministre de la Défense Ariel Sharon, s'y font photographier et le site servira de base pour les forces israéliennes pendant deux décennies d'occupation du sud du Liban, jusqu'au retrait de 2000.
Vingt-six ans plus tard, elles sont de retour sur place, cette fois-ci pour éloigner le mouvement islamiste libanais Hezbollah, soutenu par l'Iran.
Comparant la bataille de 1982 et la situation actuelle, Maïn al-Taher estime que le Hezbollah a l'avantage de combattre "sur son propre territoire et de bénéficier d'un socle de soutien populaire, dont la résistance palestinienne a manqué à certaines périodes".
Mais selon lui, le mouvement chiite entre désormais dans une "phase de test difficile": tout le monde au Liban ne le soutient pas et Israël pourrait jouer sur les "divisions internes" du pays pour en menacer l'équilibre.
I.Stoeckli--VB