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Des frappes américaines sur l'Iran jettent un froid sur les négociations
Les Etats-Unis ont frappé le territoire iranien dans la nuit de lundi à mardi, pour la première fois depuis plusieurs semaines, portant un coup aux apparents progrès dans les négociations pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.
L'Iran n'a pour l'heure pas officiellement confirmé l'information. Dans une déclaration écrite diffusée à la télévision d'Etat, le guide suprême a préféré insister sur la perte d'influence supposée de Washington, qui s'éloigne selon lui "chaque jour davantage de son ancien statut" dans le Golfe.
Les Etats-Unis "n'ont plus de lieu sûr dans la région pour mener leur agressions", a estimé Mojtaba Khamenei, qui n'est pas apparu en public depuis sa prise de fonction début mars.
"Il n'y a aura pas de retour en arrière" et les pays du Golfe, frappés quasi-quotidiennement par l'Iran en représailles à l'offensive israélo-américaine après le 28 février, "ne serviront plus de boucliers aux bases américaines", a-t-il aussi déclaré.
Le cessez-feu conclu le 8 avril entre les Etats-Unis et l'Iran a été suivi de semaines de blocages et de menaces, jusqu'à ce que les deux parties fassent état d'avancées dans les discussions ces derniers jours. Donald Trump avait même laissé entrevoir un compromis imminent au cours du week-end.
Mais les espoirs de paix ont été douchés, d'une part par l'annonce d'Israël lundi de l'intensification de son offensive au Liban, puis par l'attaque américaine sur l'Iran.
- "Respecter leurs engagements" -
Selon le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom), elle a visé "des sites de lancement de missiles et des embarcations iraniennes qui tentaient de poser des mines".
Plusieurs fortes explosions ont été entendues à Bandar Abbas (sud) vers minuit (20H30 GMT), selon des médias iraniens.
L'armée américaine a précisé "faire preuve de retenue durant le cessez-le-feu", intervenu après plusieurs semaines de guerre qui ont fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et secoué l'économie mondiale.
Après l'annonce de ces frappes, les marchés mondiaux ont "retrouvé un ton plus prudent", malgré "l'optimisme du week-end", commente Daniela Hathorn, analyste chez Capital.com. Les Bourses européennes ont ouvert sans direction franche et le pétrole est reparti à la hausse.
Les dernières frappes américaines connues remontent à début mai quand le sud de l'Iran avait été visé, provoquant une riposte de l'armée iranienne sur des bateaux dans le détroit d'Ormuz. Une "broutille", avait alors dit Donald Trump.
Sur le front diplomatique, de hauts responsables iraniens, dont le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, se sont rendus lundi à Doha, une première depuis le début de la guerre.
"Nous sommes parvenus à une conclusion sur une grande partie des questions", a déclaré le même jour le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï. "Mais de là à dire que la signature d'un accord est imminente, personne ne peut l'affirmer".
La Chine a appelé mardi "les parties concernées à respecter leurs engagements" et "à continuer à chercher par le dialogue et la négociation une solution qui prenne en compte les préoccupations légitimes" de chacun.
- Accords d'Abraham -
L'accord reste possible, a avancé le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, parlant de discussions "autour de la formulation précise du texte initial. "Cela prendra donc quelques jours", a-t-il estimé en marge d'une visite officielle en Inde.
Et d'ajouter: "le président a exprimé sa volonté de parvenir (à un accord). Soit il conclura un accord, soit il n'y aura aucun accord".
Donald Trump cherche une issue à cette guerre qui a gravement perturbé l'économie mondiale en raison du quasi blocage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde. Sa réouverture est un enjeu majeur des négociations en cours.
Donald Trump a par ailleurs aussi semblé faire monter les enjeux d'un éventuel accord de paix.
Dans un message sur les réseaux sociaux lundi, il a énuméré les dirigeants de pays à majorité musulmane avec lesquels il a discuté dernièrement, affirmant "qu'après tout le travail effectué par les Etats-Unis (...) tous ces pays devraient être obligés, au minimum, de signer simultanément les accords d'Abraham".
Signés en 2020, ces accords ont débouché sur une normalisation des relations des Emirats arabes unis et de Bahreïn, deux proches alliés de Washington, avec Israël. Nombre d'Etats ont jusqu'ici refusé de les imiter, en particulier l'Arabie saoudite ainsi que la Syrie et le Liban, a fortiori depuis le conflit qui a ravagé la bande de Gaza.
W.Huber--VB