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Brésil: condamnation requise pour deux politiciens accusés du meurtre d'une défenseure des minorités
Le parquet brésilien a requis mardi la condamnation des deux responsables politiques accusés d'avoir commandité le meurtre de la conseillère municipale Marielle Franco, icône de la cause noire et LGBT+, au premier jour d'un procès ouvert huit ans après ce crime qui a bouleversé le pays.
Le 14 mars 2018, cette conseillère municipale de Rio de Janeiro, âgée de 38 ans, avait été criblée de balles dans sa voiture en plein centre-ville, tuée sur le coup aux côtés de son chauffeur.
Le tireur et son complice ont déjà été condamnés à de lourdes peines de prison en 2024, mais la justice cherche à déterminer si l'ancien député fédéral Chiquinho Brazao et son frère Domingos, ex-député régional de Rio, sont les commanditaires de ce crime qui a profondément choqué au Brésil et au-delà.
S'ils sont reconnus coupables, ils pourraient être condamnés à plusieurs décennies de prison.
Au vu des preuves présentées, "il ne fait aucun doute" que les frères Brazao ont une "paternité criminelle", a déclaré le vice-procureur Hindenburgo Chateaubriand aux juges de la Cour suprême à Brasilia.
Ce procès se déroule devant la plus haute instance judiciaire du Brésil en raison du statut de parlementaire de Chiquinho Brazao au moment où les poursuites ont été engagées.
Selon l'accusation, Marielle Franco s'opposait, au sein du conseil municipal, à des propositions défendues par les deux frères facilitant l'accaparement de terres par des milices qui sèment la terreur à Rio.
Elle-même issue d'une favela, l'élue de gauche défendait ardemment les droits des habitants des quartiers pauvres, notamment les jeunes Noirs, les femmes et les membres de la communauté LGBT+.
"Marielle représentait un risque pour les intérêts des frères Brazao", a affirmé M. Chateaubriand.
- "Tourner la page de l'impunité" -
Quatre juges voteront à partir de mercredi pour une condamnation ou un acquittement dans ce procès qui se tient au siège de la plus haute juridiction du pays, en présence de parlementaires, de journalistes et de proches des victimes.
A l'issue de l'audience mardi, Monica Benicio, veuve de Marielle Franco, a déclaré attendre que "justice" soit rendue à l'égard "des auteurs intellectuels" du crime.
"L'écosystème du crime qui a tué Marielle continue d'opérer et d'étendre ses tentacules", avait-elle estimé dans une tribune publiée samedi par le quotidien O Globo.
Une allusion aux milices, des organisations criminelles formées à Rio il y a une quarantaine d'années par d'anciens policiers et qui se présentaient initialement comme des groupes d'auto-défense contre le narcotrafic.
Ces dernières sont rapidement devenues de redoutables gangs pratiquant l'extorsion et s'accaparant des terrains publics pour y construire illégalement des logements ou des bâtiments commerciaux, tout en bénéficiant de soutiens politiques haut placés.
"Des personnes qui se considéraient comme intouchables se retrouvent aujourd'hui sur le banc des accusés", a affirmé Jurema Werneck, directrice d'Amnesty International au Brésil. Selon elle, le pays "a l'occasion de tourner la page de l'impunité".
Trois autres accusés sont également jugés pour leur implication présumée dans l'assassinat de Marielle Franco: l'ancien commissaire Rivaldo Barbosa, l'ancien policier Ronald Paulo de Alves et Robson Calixto Fonseca, ex-assistant de la Cour des comptes de Rio.
M. Barbosa est accusé d'avoir "œuvré pour assurer l'impunité des commanditaires".
- Accord de collaboration -
En octobre 2024, un jury populaire avait condamné à 78 ans de prison Ronnie Lessa, qui a avoué avoir tué Marielle Franco en tirant à la mitraillette depuis un véhicule conduit par son complice Elcio Queiroz, qui a, lui, écopé de 59 ans de réclusion.
Ronnie Lessa avait déclaré être "devenu fou" devant la somme de plusieurs millions de dollars offerte pour commettre le crime.
Les frères Brazao ont toujours nié les faits qui leur sont reprochés, remettant en cause notamment la validité d'un accord de collaboration noué par le tireur avec la justice pour passer aux aveux.
La confession de M. Lessa est une "histoire construite de toutes pièces", a soutenu mardi Marcio Palma, avocat de Domingos Brazao.
Le premier juge à voter sera Alexandre De Moraes, en sa qualité de rapporteur de cette affaire.
Ce magistrat, aussi puissant que clivant, a déjà été un acteur-clé d'un autre procès historique, au terme duquel l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro a été condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat.
L.Meier--VB