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La Berlinale se referme sans avoir pu échapper aux polémiques
La 76e Berlinale a une dernière chance samedi, lors de la remise des prix (18H00 locales, 17H00 GMT), de mettre en avant ses 22 films en compétition, éclipsés en partie pendant le festival par une polémique sur le rôle politique que doit avoir le cinéma.
"Nous devons rester en dehors de la politique": cette phrase prononcée par Wim Wenders, président du jury, lors de l'ouverture de la Berlinale le 12 février, a ouvert un débat dont la direction du festival a eu du mal à se dépêtrer.
Quelques minutes auparavant, le réalisateur allemand de 80 ans avait pourtant semblé dire l'inverse en assurant que "les films peuvent changer le monde. Pas de manière politique, aucun film n'a jamais changé les idées d'un politicien, mais on peut changer l'idée qu'ont les gens de la manière dont ils devraient vivre".
Mais le lendemain, le mal était fait: l'écrivaine indienne Arundhati Roy a annulé sa venue, alors qu'elle devait présenter une version restaurée d'un film de 1989 dont elle avait écrit le scénario, dénonçant des "déclarations inadmissibles".
Mardi, une lettre signée par plus de 80 acteurs et réalisateurs, dont Javier Bardem, Tilda Swinton ou Adam McKay, a dénoncé le "silence" du festival du film de Berlin sur le "génocide des Palestiniens".
- Films éclipsés -
La lettre, rédigée par le collectif Film Workers for Palestine, a accusé la Berlinale d'être impliquée dans "la censure d'artistes qui s'opposent au génocide en cours perpétré par Israël contre les Palestiniens à Gaza".
La directrice Tricia Tuttle, dont c'est la deuxième édition à la tête de la Berlinale, a vivement contesté ces accusations dans plusieurs interviews, dénonçant "des affirmations inexactes qui ne reposent sur aucune preuve".
Samedi midi, lors de la remise des prix des jurys indépendants, le réalisateur mexicain Fernando Eimbcke, récompensé pour "Moscas", a demandé "à tous les gouvernements" et organisations "d'élever leur voix" face aux "plus de 17.000 enfants tués à Gaza au cours des deux dernières années".
S'exprimant brièvement au début de cette cérémonie annexe, Tricia Tuttle a reconnu "une mer agitée" pour le festival, mais c'est ça, la Berlinale".
Elle a préféré mettre en avant dix jours "incroyables" avec "tant de beaux films".
Au total, 22 films ont été projetés en compétition officielle. Aucun n'a marqué les esprits, mais certains sont sortis du lot comme "We Are All Strangers" d'Anthony Chen, un drame familial explorant les gigantesques disparités sociales à Singapour.
Certaines performances d'actrices ont marqué les festivaliers comme celle de Sandra Hüller, à l'affiche de "Rose", de l'Autrichien Markus Schleinzer.
Ce drame en noir et blanc raconte l'histoire d'une femme se faisant passer pour un homme dans l'Allemagne rurale du XVIIe siècle, afin d'échapper aux contraintes du patriarcat.
- Répression en Iran -
Juliette Binoche en femme s'occupant de sa mère atteinte de démence a aussi ému la Berlinale. "Queen at Sea", de l'Américain Lance Hammer qui n'avait pas tourné de long-métrage depuis 2008, décrit avec finesse et sans misérabilisme les ravages que provoque Alzheimer sur l'entourage du malade.
"Mon mari est atteint de démence, donc j'ai du contexte", a confié avec émotion l'actrice britannique Anna Calder-Marshall, qui incarne la mère malade dans le film.
Le premier grand rendez-vous de l'année pour l'industrie du cinéma a aussi été une tribune pour évoquer la répression en Iran alors que le festival accueille de nombreux cinéastes de ce pays.
La réalisatrice Mahnaz Mohammadi a notamment présenté son film "Roya", largement inspiré de sa propre expérience dans la tristement célèbre prison d'Evin où elle a été enfermée.
Le réalisateur Jafar Panahi, Palme d'Or à Cannes pour "Un simple accident", s'est également exprimé depuis la Berlinale pour dénoncer la répression de la contestation de janvier qui a fait au moins 7.000 morts, selon des ONG de défense des droits de l'Homme basées à l'étranger.
"Un crime inimaginable a été commis. Un massacre a eu lieu. On n'autorise même pas les gens à faire le deuil de leurs proches", a asséné lors d'une discussion sur scène le réalisateur, condamné à un an de prison dans son pays pour des "activités de propagande".
K.Hofmann--VB