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Venezuela: le général Padrino, militaire clé de l'ère post-Maduro
"Loyauté absolue!". Le général en chef Vladimir Padrino Lopez qui a juré fidélité pendant des années aux dirigeants chavistes représente désormais un élément crucial pour la présidente par intérim Delcy Rodriguez et son fragile gouvernement.
Le militaire le plus haut gradé du pays, ministre de la Défense depuis plus de dix ans, s'est rapidement rangé derrière l'ex-vice présidente, après l'attaque américaine du 3 janvier et la capture du président déchu Nicolas Maduro qui a ébranlé son armée, la Force armée nationale bolivarienne (FANB).
Sous pression des Etats-Unis, Mme Rodriguez a absolument besoin du général Padrino pour asseoir son pouvoir, faute d'avoir cultivé elle-même des liens avec les militaires.
"Il connaît la structure, il garantit le contrôle de la Force armée", explique à l'AFP Hebert Garcia, général à la retraite, ancien ministre de Maduro avant de rompre avec le pouvoir.
"Delcy (Rodriguez) n'a jamais eu de relation ni d'affinité avec la Force armée, c'est Maduro qui l'avait à travers Padrino", précise-t-il.
Elle a ainsi conservé à son poste Vladimir Padrino Lopez, 62 ans, mais aussi le général Domingo Hernandez Larez, chef du Commandement stratégique opérationnel (CEO), chargé des troupes.
Elle a en revanche remplacé le chef de sa garde présidentielle, qui est aussi celui de l'agence de contre‑espionnage, et changé 12 des 28 commandements régionaux.
- "Danger" -
Le général Padrino, proche du président Hugo Chavez (1999-2013), d'inspiration socialiste, appliquait le concept "d'union civico‑militaire" qui faisait des hommes en uniforme le bras armé du pouvoir.
Sous Maduro, "il a eu l'habileté de maintenir la Force armée unie, entre guillemets, sans qu'elle lui échappe et n'organise un coup d'Etat", souligne M. Garcia.
Mme Rodriguez est plus vulnérable, et même "en danger", selon une source diplomatique, car "elle ne contrôle pas les forces de sécurité, même si elle bénéficie du tutorat des Etats‑Unis".
La présidente par intérim a opéré un revirement spectaculaire dans les relations de Caracas avec Washington, conflictuelles depuis 27 ans. Et en trois semaines à peine, elle a signé des accords pétroliers, accepté la libération de prisonniers politiques et s'emploie à relancer les relations diplomatiques.
Ce rapprochement heurte le sentiment "anti‑impérialiste" professé par le chavisme et le haut commandement de l'armée, mis à rude épreuve par l'humiliation de l'opération américaine du 3 janvier.
Pour les garder à sa botte, Nicolas Maduro avait donné aux militaires le contrôle d'entreprises privées, ainsi que des douanes et d'importants ministères, suscitant de nombreuses accusations d'abus et de corruption.
- Rempart -
Père de deux enfants, amateur de musique traditionnelle vénézuélienne et de lecture, Vladimir Padrino Lopez, tient son prénom de l'admiration de son père pour le révolutionnaire russe Vladimir Ilitch Lénine.
Son père avait "toujours eu le regard tourné vers la révolution de Lénine, vers la révolution soviétique", a-t-il confié.
Dans une interview en 2021, il a assuré être devenu soldat grâce à la "providence" après avoir été invité par un ami à l'accompagner à l'Académie militaire. "J'ai passé l'examen, mon camarade n'a pas été admis, moi si".
Il a rencontré Hugo Chavez, alors lieutenant, lors de sa première année comme cadet. "Il a été mon professeur, mon guide", a confié le général Padrino, toujours en uniforme, même dans ses fonctions ministérielles.
Une décision en 2002 a propulsé sa carrière : le bataillon qu'il dirigeait à Caracas ne s'est pas rallié au coup d'Etat qui a évincé Chavez du pouvoir pendant 48 heures.
Le commandant Chavez lui aurait alors dit au téléphone : "Padrino, s'il te plaît, ne vous entretuez pas entre frères (...), reste dans ta caserne".
Une fois le coup d'Etat déjoué, Chavez a récompensé sa loyauté et favorisé son ascension. Le militaire, qui a estime que l'armée doit être "bolivarienne, socialiste, anti‑impérialiste et révolutionnaire", a notamment été responsable d'un plan d'approvisionnement pendant la grave crise de 2016.
En 2024, il a suivi Maduro après sa réélection contestée. "Le rôle principal de Padrino aujourd'hui consiste à stabiliser la Force armée, la sortir du rôle politique et la ramener à nouveau sur la scène institutionnelle", a jugé l'ex-général Hebert Garcia.
F.Stadler--VB