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Taïwan condamne les manœuvres militaires chinoises près de ses côtes
Taïwan a "fermement" condamné les manœuvres militaires chinoises simulant son blocus maritime, dont la deuxième journée, mardi, a été marquée par des tirs de missiles et le déploiement de dizaines d'avions de combat et de navires.
"La Chine fait fi des attentes de la communauté internationale en matière de paix et sape délibérément la stabilité régionale avec son intimidation militaire. C'est une provocation flagrante contre la sécurité régionale et l’ordre international et j’exprime ma plus ferme condamnation", a commenté le président taïwanais, Lai Ching-te, sur Facebook.
Il a néanmoins promis que Taïwan n'allait pas "aggraver les tensions".
Des journalistes de l'AFP présents à Pingtan, l'île chinoise la plus proche de l'île principale de Taïwan, ont vu une salve de roquettes exploser dans les airs vers 09H00 (01H00 GMT), laissant derrière elles des traînées de fumée blanche.
Au moins dix de ces engins ont été tirés en succession rapide, produisant un bruit assourdissant qui a attiré les touristes vers le front de mer pour prendre des photos et des vidéos avec leurs téléphones.
"A 09H30 (01H30 GMT), le 30 décembre, les forces terrestres du Commandement des zones orientales de l'APL ont effectué des exercices de tirs réels de longue portée dans les eaux au nord de l'île de Taïwan et ont obtenu les effets escomptés", a de son côté écrit l'armée chinoise dans un communiqué.
Tandis que le ministère taïwanais de la Défense a déclaré mardi à 06H00 (22H00 GMT lundi) avoir détecté 130 avions militaires et 22 navires chinois autour de Taïwan en 24 heures.
Il s'agit du nombre le plus élevé d'avions chinois signalés en une seule journée depuis le 15 octobre 2024.
- "Réponse punitive" -
La Chine a annoncé dans la matinée avoir déployé des destroyers, des frégates, des chasseurs et des bombardiers "pour procéder à des exercices d'identification et de vérification, d'alerte et d'expulsion, des simulations de frappes, d'attaques de cibles maritimes, ainsi que d'opérations antiaériennes et anti-sous-marines".
Dans un communiqué, le commandement du théâtre d'opérations Est de l'Armée populaire de libération a souligné que ces manœuvres dans les eaux au nord et au sud de Taïwan avaient permis de "tester les capacités de coordination air-mer et de blocus et de contrôle intégrés".
Il a en outre diffusé une carte montrant les cinq espaces au large des côtes taïwanaises où étaient prévus des "tirs à munitions réelles" jusqu'à 18H00 mardi (10H00 GMT).
La chaîne de télévision d'Etat CCTV a expliqué que l'un des principaux objectifs des exercices baptisés "Mission Justice 2025" était de simuler le "blocus" de ports taïwanais stratégiques, notamment ceux de Keelung dans le nord et de Kaohsiung dans le sud.
"Nous devons bien entendu résolument nous opposer et contrer avec force les provocations incessantes des forces indépendantistes à Taïwan et les importantes ventes d'armes américaines à Taïwan", a quant à lui martelé à Pékin le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi.
Il a en outre averti que toute tentative visant à empêcher l'unification de la Chine et de Taïwan se solderait "inévitablement par un échec".
Le porte-parole de son ministère, Lin Jian, a parallèlement qualifié les manœuvres de "réponse punitive aux forces séparatistes indépendantistes taïwanaises et d'action nécessaire pour défendre la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale".
"Unification de la mère patrie!", a à cet égard crié à l'unisson à Pingtan un groupe de femmes âgées qui posaient pour une photo, ont constaté les journalistes de l'AFP.
- Trafic aérien perturbé -
Taïwan a pour sa part déploré que certaines des zones désignées par la Chine pour ces manœuvres se trouvaient à moins de 12 milles nautiques (une vingtaine de kilomètres) de son territoire.
L'Administration de l'aviation civile taïwanaise a noté que Pékin avait décrété une "zone de danger temporaire" pour une durée de dix heures mardi, "ce qui devrait perturber le trafic aérien dans la région".
Conséquence, selon elle, plus de 857 vols intérieurs, internationaux et de transit, seront affectés dans la journée.
Les gardes-côtes taïwanais ont fait savoir mardi qu'ils avaient dépêché 14 bâtiments pour surveiller l'activité navale chinoise, avec "une approche de suivi individuel afin de dissuader fermement les navires" chinois.
La population taïwanaise affichait toutefois son calme.
"Il y a eu tellement d'exercices comme celui-ci au fil des ans qu'on y est habitués", a ainsi tempéré Chiang Sheng-ming, un marchand de poisson de 24 ans.
"La guerre ? Impossible. Ce ne sont que des gestes d'intimidation. S'ils attaquaient vraiment Taïwan, ils en paieraient le prix", a renchéri Tseng Chang-chih, un vendeur de fruits de 80 ans, sur le même marché de la capitale Taipei.
La veille, le président américain Donald Trump avait également dit ne pas être préoccupé par ces manœuvres, affirmant "ne pas croire" que son homologue chinois Xi Jinping puisse ordonner une invasion.
La Chine considère Taïwan comme faisant partie de son territoire et menace de recourir à la force militaire pour s'en emparer.
Les tensions dans le détroit ont été ravivées par une vente d'armes massive de Washington à Taipei mi-décembre, la deuxième depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, pour 11,1 milliards de dollars au total, soit le montant le plus important depuis 2001.
burx-je/abs/vgu/bds/pz
J.Sauter--VB